mardi 3 avril 2018

J'ai rouvert Nicolas Pages,

le roman sans doute le plus connu de Guillaume Dustan (prix de flore 1999), de mémoire son seul roman d'amour, qui prenait la poussière au fond de ma petite bibilothèque. Je suis en plein dans mon revival récent.




Enfin... Un roman d'amour selon Dustan. Mais un vrai roman d'amour, avec le chagrin qui en accompagne la fin. J'avais été bouleversé aux larmes. Surtout par cette petit phrase qui signait sa décision d'oublier l'amour qu'il venait de vivre : "J'ai la tête pleine de travail". Ça me parlait.

J'avais peu parlé de ma passion pour Guillaume Dustan jusqu'à lors. Hors mis une fois, il y a cinq ans, en une réponse laconique et visuelle aux haters qui pourrissaient alors mes commentaires. Billet lui aussi abondamment commenté.

Rouvrir Nicolas Pages ces années après, c'est d'abord empêcher les pages détachées de la reliure de tomber par terre, c'est ensuite considérer les pages jaunies par le temps, c'est se dire que les éditions poche de "J'ai lu" c'est vraiment de la merde qualitativement.

Et puis c'est redécouvrir les pages cornées et tous les passages que j'avais soulignés à lors. Bouts de phrases, groupes de mots, isolés de tout le contexte. Aphorismes, évidences, figures de style et expressions, et surtout ces choses que je ressentais mais n'arrivais pas encore à exprimer, tout est encore là, même si je ne soulignerais pas tout ça aujourd'hui. J'ai bien changé moi aussi.

Allez, pour ceux qui ne connaîtraient pas Guillaume Dustan, voici mon petit "best-of Nicolas Pages"







"Quand il n'y avait rien à faire, il disait qu'il était en pleine mise à jour"

"Un demi-millimètre de mon bras, juste là où il peut me pomper toute mon énergie"

"Il ne faut jamais répondre aux questions (sauf quand elles ont vraiment un intérêt), mais c'est un bon point de départ pour dire ce qu'on a envie de dire"

"Quand les gens sont sur notre chemin c'est pour deux raisons seulement, nous faire du mal ou nous faire du bien"

"Je pense que c'est quand les hommes arrêtent d'être beaux qu'ils deviennent méchants"

"Je lui demande comment ça va, elle me fait genre moyen, je lui dit Il faut tout plaquer"

"Encore envie. Je suis. Encore en vie. Encore en/vie. Marche et tourne. Sois toi et aime."

"Un regard critique perpétuel est une arme totale"

"Anticouple, qui tombe amoureux juste avant de baiser et après c'est fini"

"J'aime bien qu'on me désire. C'est pour ça que je me tape toujours des mecs moins bien que moi, physiquement je veux dire"

"J'étais en plein décharge d'adrénaline"

"Les pauvres non rien, pas de biens, pas de gloire, c'est pour ça qu'ils ne sont pas distraits de l'amour. Ils connaissent ça, la poésie, les pauvres. (..) Le temps qu'il fait. Les fleurs. Les couchers de soleil. Tout ce qui brille. Les choses douces."

"On a le droit de dire des évidences quand ces évidences ne sont pas des évidences pour tout le monde."

"Comment ça, vivre mieux ?, j'entends à ma droite. On est pas bien comme ça, tolérés à condition d'être discrets ? Sans pouvoir s'intégrer à la société, sans droit de se marier, de vivre avec un étranger, d'adopter, de succéder ? Sans pouvoir regarder quelqu'un dans la rue sans avoir peut de se prendre un poing dans la gueule ? Pourquoi est-ce que les hétéros trouvent normal de regarder les filles et pas normal d'être regardés par nous ? Je veux que le désir puisse circuler sans encombres. Je veux qu'on arrête de tuer des pédés partout dans le monde. Je veux arrêter de trouver bizarre de voir deux personnes du même sexe faire l'amour. Je veux arrêter de penser ue je suis sale. Je veux arrêter de penser que je suis moins viril que les hétéros. Je veux qu'on reconnaisse que ma participation à la société n'est ni plus ni moins de même valeur que la leur."

"J'écris sur les femmes pour écrire sur moi, sur moi seul à travers les siècles."

"Faire éclater la dichotomie débile entre artiste et non-artiste. Montrer qu'il n'y a que des gens qui travaillent. Sur eux."

"Comment avoir la nostalgie du passé quand le passé c'est l'esclavage, les serfs, les petites bonnes violées, les mariages arrangés, l'ignorance de toutes choses, les femmes muettes sauf à la cuisine, la torture, l'absence de droit de vote, le suffrage censitaire, le service militaire obligatoire, et pour revenir à ce qui nous intéresse, les sodomites brûlés vifs ?"

"Expérience de la croissance du sens qui s'oppose à celle moins réjouissante de la dégradation du corps"

"Mon père est du côté du pouvoir, toujours. Du pouvoir des hommes, du pouvoir médical, du pouvoir bourgeois. (...) et que j'coupe la parole systématiquement à ma femme ou que j'reprenne c'quelle vient d'dire vu qu'par définition c'était pas malin."

"C'est pas évident de se faire enculer. C'est une ascèse. Il faut savoir écarter la peur. Accepter le pouvoir d'un autre sur soi. En jouir."

"A la seconde où j'ai commencé à l'embrasser pour la dernière fois nos bouches, nos corps ont disparu de ma conscience. Je me suis fondu, anéanti dans la lumière violette, happé, dans l'humide, dans ma rage infinie de le sentir, de me sentir, de ne plus rien sentir d'aute. Ca a duré. J'ai décollé mon corps, retrouvé mon esprit, pensé que la folle demande et l'exigence inacceptable, le don total, le gaspillage absolu n'étaient possibles que dans l'étreinte. Que c'était le seul moment où là politesse pouvait ne plus s'appliquer."

"Il faut baiser avec des moches, (...) eux, il en veulent."

"C'est important les livres, c'est ce qu'on commence par brûler."











10 commentaires:

  1. J'aime bien la partie soulignée dans le livre. C'est tellement vrai, quand on compare "relativement" plutôt qu'en "absolu", tout de suite c'est plus facile... (tu en parlais dans un autre post déjà je crois ^^).
    Olive

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    1. Oui je ne sais spas si c'est ça, mais je me souviens de ce mec banal et pas super beau, dans un sauna, qui me lançait des "merci" pendant qu'il me suçait.

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  2. Je comprends mieux ce qui t’a poussé à écrire et sans doute plus que Proust. En tous cas, j’ai raté quelque chose, mais c’est rattrapable, et je retiendrai certaines de ces phrase. Merci encore une fois.

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  3. Oh on partage aussi ça, "Nicolas Pages" est vraiment un roman qui m'a marqué à l'époque, et le meilleur Dustan.

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  4. "Je pense que c'est quand les hommes arrêtent d'être beaux qu'ils deviennent méchants"

    C'est pour moi la citation la plus discutable ^^

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    1. Mais beaux comment ? Dans leur tête, leur cœur, sur leur visage ?

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    2. Là tu compliques encore les choses !

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    3. Des mecs beaux et méchants j'en connais, je dirais même qu'ils sont devenus méchants parce que beaux. Trop de sollicitations, trop d'indulgences face à leurs tergiversations, trop de choix. Pas besoin d'être aimable quand sait user de son avantage physique.

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    4. C'était le fond de ma pensée. Je pense à un mec connu par le taff (et rien de plus) il y a peu de temps. Vraiment à tomber (selon mes critères), mais un vrai connard. Le mec qui est beau et qui le sait très bien, et qui à mon avis en jouait ayant compris qu'il ne me laissait pas indifférent (gay aussi, vérifié grâce à notre ami Grindr)
      Paradoxalement, le seul moment où je l'ai trouvé sympa, c'est quand un jour je l'ai envoyé chier et que je suis volontairement resté très froid et désagréable. Il s'est même excusé de ce qu'il venait de me dire ^^

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    5. Méchants, ou parfois feignants :
      http://quentinmallet.blogspot.fr/2013/01/la-suite-de-la-saga.html

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