lundi 17 novembre 2014

Tout ça c'était rien.

​Non, tous ces Hollandais grands, beaux, bien montés et accessibles accumulés pendant la soirée Wild n' Wet de samedi dernier ont été oubliés instantanément en fin de soirée, lorsque j'ai pu acquérir celui que je convoitais depuis si longtemps.

Ça a commencé le soir du 1er janvier dernier, j'étais à Berlin pour mon grand Quentin New Year Fuck Tour et nous sortions à la soirée GMF, dans le centre ville. Mes yeux étaient tombés sur lui dès la première minute et hypnotisé, je restais immobilisé à chaque fois que je le croisais. Contact impossible, trop beau, trop intimidé. 
Le hasard et mon sens du timing avaient fait en sorte que nous nous trouvions en même temps au vestiaire avant de partir. C'est dans les couloirs du métro Berlinois que je l'avais vu disparaître. Il avait remarqué que je le fixais, mais ne m'avait rien adressé de particulier. Il était parti, et je ne savais rien de lui. Je pensais avoir raconté cet épisode à la fin d'un des posts de nouvel an, mais en fait non, je n'en retrouve pas la trace.

Lui, c'est mon homme idéal. Physiquement en tout cas. Vous commencez à connaître mes goûts, mon obsession pour les visages longs, les mentons triangulaires et les joues creuses. Lui avait tout ça, avec les yeux bleus et les cheveux blonds, agrémentés d'un élément qui sublimait tout le reste : le charme.

Pour moi c'était la perfection physique. Et là, plus que jamais, je peux gueuler : 


TROPHÉE DE CHASSE putain !

35 ans, souriant et un peu efféminé. Mais à vrai dire je ne savais s'il était parfait pour mes propres goûts ou s'il détenait une beauté assez universelle. Je ne le sais toujours pas d'ailleurs... 
Entouré de ses amis au nouvel an, je n'avais osé l’accoster, mais même s'il avait été seul de toute manière je n'y serais pas allé. Sa beauté intimidante m'empêchait en effet toute action, et je restait planté comme un con, à distance, à le contempler, le voir se mouvoir et les angles de son visage se cacher alternativement sous les stroboscopes.

J'avais alors retourné grindr et Planet Romeo sur toute la ville pour retrouver sa photo et j'avais fini par tomber dessus un soir. 
Que faire alors ? Bah rien. Il repartait en Flandres où il habite. Court dialogue par tchat. Pas d'intérêt particulier, juste aimable, interloqué que je lui écrive alors que nous partons tous deux dans nos pays respectifs et qu'il n'y ait plus rien à faire.

C'était il y a onze mois.

Il était là samedi soir. Au Steamworks. On s'adresse des regards. M'a t-il reconnu ? En fait non. Mais je pense alors que oui. Je pense qu'il sait que je suis intéressé, alors j'attends un signe de sa part, qui ne vient pas. Lui voit simplement un mec chelou mais pas mal qui le matte...

C'est à la toute fin de la soirée, après bien des péripéties déjà racontées, que je l'aurai dans un recoin du dernier étage, alors que tout était inespéré. 
Voir son visage approcher et m'embrasser pour la première fois. Voir ses yeux plongés dans les miens. Sentir sa présence là, à quelques millimètres de moi. Frissons. J'étais à bout physiquement, suite aux nombreux garçons qui avaient précédé. Lui était vigoureux, venait de commencer. Je l'avais juste vu s'enfermer dans une cabine avec un mec quelques minutes auparavant (eh mince !), et en ressortir assez rapidement.

La perfection me faisait face. Je m’enivrais de sa peau, de son odeur, remontais de mes mains la longueur de ses cuisses, parcourais de mon pouce l'arrête de sa mâchoire, l’embrassais toujours, sans toutefois jamais parvenir à l'atteindre réellement : Il restait une image. Impossible de faire l'amour avec lui, impossible à jamais d'en tomber amoureux. 
C'est pourquoi, sexuellement parlant, je ne peux pas dire que j'ai pris particulièrement mon pied avec lui. Il restait abstrait, et c'est comme si en sa présence j'entrais de tout mon être dans un monde plus grand que moi.

Voilà : il me faisait l'effet d'une drogue. Encore aujourd'hui, alors que nous avons gardé le contact ces derniers jours, je suis plus envoûté que jamais,  et je peux rester indéfiniment sur les différents autoportraits de son Facebook sans pouvoir décrocher, réclamant encore et encore la substance précieuse qu'est son visage.

Dans ses bras, allongé sur le dos son corps au dessus du miens, je n'étais plus là. Je buvais son visage. Rare est l'occasion d'avoir son idéal masculin pour soi, ne serait ce que quelques minutes. J'étais à lui. Il aurait pu à ce moment sortir un couteau et me le planter dans le cœur, je ne me serais même pas défendu. J'avais l'occasion  d'être désiré par lui et c'était inespéré. Assoiffé d'absolu et de l'éternité de ce moment, je pensais :
"Déverse toute ton existence sur moi".

Nous nous sommes quittés bizarrement en se perdant, sans savoir qu'on ne se recroiserait pas avant de quitter l'établissement, sans même s'être échangés nos coordonnées, .
Après, bizarrement, je ne me souviens plus. Je me suis réveillé le lendemain dans ma chambre d'hôtel alors que Cyprien était déjà reparti. En allumant mon téléphone un message de lui qui répondait à un smiley envoyé la nuit même alors que je rentrais de la soirée.



Je le pistais depuis onze mois.

C'est là que je suis revenu à peu près dans un état normal. Avant de reprendre le train pour Amsterdam j'avais quatre heures à tuer. Je suis allé marcher dans le grand parc au nord de la ville d'Arnhem. Le soleil rasant de novembre, les enfants dans les feuilles mortes, les vieilles dames et leur chien, le vent frais, j'étais heureux et j'étais étonné de le ressentir aussi fort. Alors que je marchais "Love me harder" d'Ariana Grande passait dans mes oreilles avec une sensation rare de plénitude. C'est juste après avoir surpris des larmes dans mes yeux que j'ai voulu fixer cet instant :




On pourrait dire "Que de temps perdu" en pensant à mes nuits de chasse, alors que je peux visiblement me contenter de ce genre de plaisir si simple...  Mais non, ce bonheur fugace trouve précisément son sens grâce à tout ce qui a précédé -sans eux il n'est rien- et surtout aux quelques minutes partagées avec mon idéal masculin.







4 commentaires:

  1. J'ai envie de dire "surtout ne le recontacte plus et garde cette image de souvenir idéal"
    Enfin,... facile à dire !

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    1. Certes, mais ai-je au moins envie de le revoir ? Ce qui est fait n'est plus à faireq, et je crois vouloir qu'il ne reste surtout qu'une image

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  2. C'est un de tes plus beaux articles, et un des plus touchants aussi sans doute.

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    1. Merci beaucoup, mais la qualité des articles est toujours proportionnelle à l'intensité des choses vécues

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