dimanche 12 octobre 2014

Question légitimes

que celles posées par un lecteur il y a quelques jours, un certain Jules, puis par un autre quelques heures plus tard.

En gros c'est ça, ces deux personnes m'interrogent aimablement sur mon positionnement face au sida : mes précautions, mes peurs, voir mon inconscience. J'en avais déjà parlé il y a six mois à peu près mais visiblement il faut que je sois plus clair. 
Et que je réponde précisément aux questions qu'on me pose.

Oui j'ai peur du sida, j'allais dire comme tout le monde, mais peut-être un peu... moins que tout le monde. 
La première chose est essentielle : Quand on décide de vivre une vie faite de partenaires multiples, de brèves rencontres et d'échangisme, on prend le risque de contracter des maladies, et pas seulement le sida. Ça fait partie du pack, il faut l'accepter. C'est l'un des seuls inconvénients de cette vie, mais il est loin d'être négligeable.
Je dis que j'ai peut-être moins peur du sida que tout le monde car sinon je refuserais de vivre cette vie là. Or, entre la frustration et ce risque, je préfère ce risque. C'est un choix, et je me garderais bien d'y convertir qui que ce soit.

Il n'y a pas de porteur de sida déclaré dans mon entourage, il n'y en a bizarrement jamais eu. D'anciens amis, partis pour certains en province, on été contaminés, mais ne les voyant pas parfois pendant des années entières, on ne peut pas dire que je sois en contact avec eux.
Toute ma bande de potes partouzards fait très attention à ses pratiques malgré leur grande consommation de mecs, et sont tous intransigeants sur le port de préservatif. Pour autant nous n'en parlons jamais, c'est simplement une base, que nous ne remettons jamais en cause. Tout juste échangeons nous nos réflexions désabusées lorsque nous sommes à l'étranger (Berlin, la Russie...) et que nous nous désespérons du relapse des jeunes de ces pays là.

Je chope des grippes et des angines comme tout le monde, mais pas plus. Je n'en ai pas davantage depuis que couche à droite à gauche.

Je ne sais pas comment je régirais si j'apprenais que j'avais le sida, je n'en ai aucune idée, n'y ai jamais pensé, et évite d'ailleurs de me projeter dans ce genre de scénario.
Mais à y réfléchir, je pense que je réagirais tellement mal que ça m'encourage à rester plus vigilant que jamais sur mes pratiques. Je pense à la vérité, que j'en perdrais une bonne partie de ma libido. Je considère le sexe comme un jeu et un moyen d'épanouissement, et me savoir contagieux m'ôterait probablement ces deux plaisirs.

Sorti de ce constat, la seule chose à faire est de faire attention, d'être vigilant, sans que ça suffise à garantir quoi que ce soit...
Il est vrai que je ne parle pas ici de toutes les raisons pour lesquelles je reste parfois plusieurs jours sans rien faire avec des mecs. Par exemple, j'ai ces jours-ci deux aphtes derrière la lèvre inférieure, et je ne fais rien du tout avec ma bouche. J'attends qu'elles passent...

J'ai probablement déjà couché avec des garçons qui avaient le sida, sans que je le sache (lorsque je le savais, j'ai évité de coucher avec eux, j'étais trop flippé). Il est simplement certaines pratiques que j'évite au maximum de faire, avec qui que ce soit.

D'abord, bien évidemment, toujours, toujours porter un préservatif lors d'une sodomie. Certes c'est une évidence, mais comme le disait Guillaume Dustan, il faut répéter les évidences lorsque ce ne sont pas des évidences pour tout le monde.

Et puis bien sûr il faut bien s'en servir. 
Bon je détaille pour les étourdis : ne pas le retourner lorsqu'on s'aperçoit qu'ont s'est trompé de sens, le jeter et en prendre un autre. C'est bien beau de mettre une capote mais arrêter de vous mettre des doigts dans le cul comme certains font après que le mec vous ai joui sur les mains... pas la peine non plus de mettre une capote si c'est pour vous faire éjaculer sur le gland ou dans la bouche juste après, etc... Pareil lorsque vous vous finissez en vous branlant après que le mec vous ai joui dessus lorsque vous le branliez....

Avec ses précautions élémentaires, je suis persuadé qu'il n'est pas aisé d'être infecté par le VIH. Il doit certes y avoir des cas recensés de contraction par fellation, mais l'immense majorité des infections se fait bien entendu par absence du port de préservatif.

Et pour le truc, même si c'est pas très honnête, si vous avez peur d'aller à la pharmacie demander des préservatifs ou si vous estimez qu'ils vous coûtent trop cher : Ramassez un stock à chaque fois que vous visitez un sauna ou un sex club (enfin, si vous les fréquentez...), c'est gratuit. C'est ce que j'ai fait à ma dernière visite du Sun City, en attendant d'aller refaire une razia au Sweatbox, ce sauna londonnien où les préservatifs (probablement les meilleurs en Europe) sont larges et très bien lubrifiés. (c'était le conseil-cadeau)


Ensuite je suis suivi de près par mon médecin généraliste, qui se trouve être un spécialiste des maladies et infections sexuellement transmissibles, et avait il y a quelques mois encore une chronique mensuelle sur le sujet dans le magazine Têtu. Je ne sais pas si c'est toujours le cas, je ne suis pas lecteur.
Il me tient informé des dernières découvertes et évolutions en la matière, se tient au courant des recherches du laboratoire de la Timone à Marseille. D'ailleurs oui, je le confirme à ce fameux lecteur qui me questionnait : l'infection au VIH par simple fellation a considérablement augmenté depuis 2012.

Je parle avec lui du nombre de mes partenaires, de mes pratiques, et j'applique à la lettre ses principales recommandations pour la fellation : 
- Jamais de gorge profonde
- Ne pas se laver les dents deux heures avant un rapport, et éviter après
- Eviter de fumer une cigarette auparavant également (et pas seulement pour le sida, mais aussi le cancer buccal comme on vient de le découvrir)
- Eviter l'anulingus aussi, principal vecteur de l'Hépatite A, en tout cas si on est pas vacciné.

Evidemment il peut y avoir des accidents, du genre le préservatif qui craque, saignement, et je vous en passe, et des plus gore.
Dans ce cas là : direct aux urgences (le plus vite possible après le rapport) pour un TPE (Traitement Post Exposition), comme ça m'est arrivé deux fois par le passé. Bon je vais pas vous mentir, le traitement est horrible (enfin pour moi, il est plus ou moins bien supporté selon les personnes), il dure un mois à base de grosses gélules, et on met un autre mois pour s'en remettre. Mais il est efficace à 80% en cas de contamination. 
Dans mon cas je ne sais pas si j'aurais été contaminé, à l'issue du traitement il ne reste aucune trace ni dans un cas ni dans l'autre. 
Mais vu les endroits où je traîne j'ai préféré ne pas faire l'économie de ce traitement.
En revanche je dois m'avouer assez sceptique sur le pourcentage énoncé par mon lecteur (qui disait : 50 à 75% des gens qui fréquentent les lieux de drague sont atteint du Sida et autres IST). Qu'il y ait une sur-représentativité des infectés à l'I.V.G. certes, mais je doute qu'elle soit aussi grande ! Si quelqu'un trouve un lien avec des infos sur le sujet...

De toute façon ai-je besoin de le préciser : moins on a de partenaires, moins on a de risque d'attraper des bricoles.
Et si on chope une bricole, je préconise un truc, maintenant mois je dis ça je dis rien : abstinence jusqu'à guérison complète (confirmée par d'autres analyses). Car on a bien plus de risque de choper le sida lorsqu'on est déjà porteur d'une Infection Sexuellement Transmissibles (gonorrhée, chlamydiose, syphilis et j'en passe des plus sexy).

Après tout ça, il y a des personnes plus fragiles que d'autres...

Je vais en tout cas tous les six mois faire des analyses médicales. Peut-être que dans mon cas ce n'est pas assez fréquent. Auparavant j'allais au laboratoire du Chemin Vert, près de Bastille, un vrai repère à pédés.
Je vais à présent au 190, où je fais un check-up sexuel complet. Avec 3 prélèvements différents (buccale, anal, urinaire) et indolores, on détecte en une semaine la moindre IST qui traînerait.
Allez, pour les parisiens :


Le 190, centre de santé sexuelle

190 Boulevard de Charonne, 75020 Paris
www.le190.fr

01 55 25 32 72


Si vous avez une mutuelle cela vous coûtera le prix d'une consultation d'un généraliste (26€ actuellement), si vous n'avez pas de mutuelle comme moi, comptez 80 € avec le prix des analyses.

Certes c'est cher, mais raquer ça deux fois par an, c'est donné pour être tranquille.




Correction du 13 octobre 2014, à la demande fondée et bienveillante d'un lecteur : 
La maladie due au virus de l'immunodéficience humaine (VIH) comporte deux phases, la phase asymptomatique au cours de laquelle les patients sont dits séropositifs, et la phase des symptômes de déficience de l'immunité, encore appelée SIDA, caractérisée par des infections, des cancers ou d'autres troubles notamment neurologiques. 
source : e-sante.fr






7 commentaires:

  1. Merci pour cet article très intéressant !
    Je n'ai jamais fréquenté de lieux de "partouze" mais ça m'etonnerait bien que 50 à 70% des participants soient infectés

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  2. J'ajouterais que le risque de contamination par un séropositif prenant une trithérapie est bien moindre que chez une personne contaminée ne le sachant pas et chez qui la charge virale augmente progressivement. Et bien sûr toujours un préservatif pour les relations anales. Peut-être qu'il faudrait aussi pour la fellation mais franchement j'ai du mal...Olivier

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    1. Certes, la contamination par un séropositif qui se soigne est moins facile, mais ça ne change rien à la prévention.

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  3. la confusion "être séropositif" / "avoir le sida" est regrettable dans ce poste.
    Sinon c'est très bien un rappel à l'ordre prévention!
    Les CDAG sont gratos et je ne suis pas sûr que les bilans soient moins complets qu'au 190, si?

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    1. Les CDAG ne dépistent que la serpositivité, la syphilis, et je crois certains hépatites. C'est loin d'être complet.

      Pour le reste tu as raison, j'ai ajouté le distinguo à mon article.

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  4. Petit rectificatif sur le TPE : il est efficace à 99,99% dans le cas où le traitement est commencé moins de 48 heures après la prise de risque et observé scrupuleusement pendant 28 jours (respect des prises, des heures, etc.).
    C'est le rapport Yéni 2010 qui l'affirme. Les rares cas de positivité malgré l'administration d'un TPE l'ont été du fait d'une mauvaise observance par les patients et de la poursuite de pratiques à risques durant le mois de traitement.

    Donc pensez-y !!

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    1. Ah ce sont de nouvelles mesures alors, car à l'époque où je les avais faites c'était aux alentours de 80%

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