vendredi 11 juillet 2014

Il répétait "Un bel ragazzo",

il l'a dit trois, ou quatre fois. On marchait côte à côte en direction de la plage et Carmine, me regardant, re-disait une autre fois "Un bel ragazzo", "un beau garçon".

Pourtant à côté de lui je me sentais commun, avec ma vulgarité de français, sans élégance et sans finesse, sans port. Lui avait ses grands yeux noirs, sa barbe naissante sur son menton triangulaire, son sourire inamovible sous ses mèches blondes, le naturel et l'allant qu'ont les Italiens du sud lorsqu'ils sont en ville. Lui venait de Barletta, un peu plus à l'est.

Avenants, pas stars. L'élégance sans l'arrogance, c'est ça les Italiens que j'ai rencontrés cette semaine dans le sud. Régions pauvres, ils ne portent pas de marques mais ont la classe, choisissent bien leurs chemises H&M, soigent leur coiffure, taillent leur barbe. Ça ne leur coûte rien mais ça claque.

Nous nous étions rencontrés sur le parking de la soirée "Nautilus disco", à Bari, dans les Pouilles. La soirée s'était terminée et, seuls français présents ce soir là, nous nous apprêtions à nous laisser embarquer par un groupe de gays Italiens pour un petit déjeuner en bordure de mer.

Carmine était monté avec nous dans la caisse, et nous guidait. Peu avant, il me disait à moitié en Italien que j'étais le plus beau des quatre.
Auparavant je ne l'aurais pas cru, j'aurais pris ça pour de la politesse ou mieux, j'aurais fait abstraction, comme si je n'avais pas voulu l'entendre. Mais depuis j'ai appris, et j'ai compris depuis un moment déjà que même les garçons les plus beaux pouvaient ne pas être attirés par les gravures de mode.

C'est toujours ça, on se dit qu'on vieillit, qu'on fatigue, qu'on a fait le tour... Et ça recommence, encore et encore. Jusqu'à la mort on est jamais à l'abri d'un garçon émerveillé qui surgit, et vous dévore au recoin d'une rue.

C'est vers cinq heures du matin que Carmine, assis à côté de moi dans cette trattoria posée au bord de la route, m'a demandé de l'embrasser. Il m'a attiré de l'autre côté de la rue, faussant compagnie à la vingtaine de gays présents et à Cyprien qui avait pris un nouveau minet sur ses genoux. Nous descendions la rue qui mène à la mer, alors abrités des regards ("Ici l'homosexualité c'est mal vu"), en me disant "Un bel ragazzo", et nous nous sommes retrouvés au bas de la corniche, là, juste derrière la barrière qui attérit sur les galets. 
Là nous nous sommes embrassés, et éprouvant autant de désir l'un que pour l'autre, je l'ai emmené jusqu'au bout, en même temps que le soleil se levait. Et c'est juste avant le que le premier rayon ne pointe derrière l'horizon de l'Adriatique que, débarrassés de nos vêtements, nous achevions en extase cette courte nuit.

Ce fut une première belle histoire à l'italienne. La première expérience sur la botte étant plus sauvage, et se finissant contre une carrosserie couverte de sable, dans la nuit d'un champ d'oliviers au nord de Palerme. 
J'avais certes auparavant déjà vécu le fantasme de la plage, à Miami Beach. C'est peut-être, avec le recul, l'endroit le plus inattendu et non-prémédité dans lequel j'avais pu coucher avec un ragazzo.

Au retour c'est pareil, on tente pitoyablement de prolonger ce moment et de se faire croire qu'on se reverra vite. Comme pour l'Irlande, on est heureux d'avoir vécu une amourette de vacances, mais on souffre que ça ne reste que ça.




Et à chaque fois aussi, sitôt rentré à Paris je me jette sur Google maps pour retrouver l'endroit exact de mes ébats. Et à chaque fois la même sensation : Celle de découvrir le lieu du tournage d'un film et se rendre compte que la scène qu'on avait vue et ressentie n'était pas complètement un rêve.






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