jeudi 13 mars 2014

Voilà comment tout ça a commencé.

Parce que pour raconter tout ce que je balance là, il faut bien commencer par le début.
L'idée d'écrire là dessus m'est venue ce soir, en rentrant. J'ai fait un détour par le Carrousel du Louvre, où ça drague chaque soir de l'année. En plus là avec le retour des beaux jours je vous raconte même pas. J'ai aimé retrouver cette ambiance de drague et ces regards de désirs. 
Vous vous souvenez de l'interview de Luchini ? Celle où il finissait par dire : 
​"Quand on comprend que toutes nos passions, que toutes les horreurs de la relation non-constructive, que toute cette intensité n'ont été que souffrance, inaptitude à vivre l'instant, on est libéré."

Et bien ça y est. Pour la première fois j'ai ressenti cette libération. Lorsque j'ai croisé sous l'arc de triomphe du Carrousel le regard d'un garçon à mon goût, sans ressentir aucune frustration de ne pas le posséder immédiatement, ni même tenter de le conquérir. Pour quoi faire ? Me sentir davantage désiré que par son regard ? Pour voir comment il s'y prend ? quelle tête il fait lorsqu'il jouit ? Non, je m'en fous en fait.

Là, pour la première fois, le chemin parcouru telle une unité. Le début, le milieu, et la fin.


J'arrive à Paris, j'ai dix-neuf ans, je suis puceau. Ça va mal, je n'en peux plus. Voilà cinq ans que j'abuse de la masturbation, jusqu'à quatre fois par jour. J'ai même la photo de ma carte d'identité sur moi, qui fut prise entre deux branlettes d'ado, alors que j'ai seize ans.

J'arrive de mon bled de l'Isère et je ne connais personne. Je suis hébergé à Vincennes chez une nana, Martine, que je ne connais pas. C'est la sœur chômeuse d'un collègue de travail à ma mère, qui a besoin d'un coloc pour payer son loyer.

Premier jour. Je prends le métro pour la première fois. Station Saint Paul. Je bifurque de la rue Vieille du Temple sur la Rue Sainte Croix de la Bretonnerie. Le Marais, enfin. Depuis le temps qu'on m'en parlait.
Je ne sais plus combien de temps ça a pris, mais il n'a pas du se dérouler un quart d'heure avant qu'un type m'accoste, comme ça, en plein milieu de la rue.

Bon il est pas terrible, pas terrible du tout même. Il perd ses cheveux je crois, il a trente cinq ans si je me souviens bien, mais il est sympa, souriant. Je me fais draguer pour la première fois, et je suis trop paniqué pour trouver ça agréable.

De notre conversation je ne me souviens de pas grand chose. Juste un échange de répliques :


"- Ça te dit qu'on aille chez moi ? - Eh ben dis donc, t'es chaud toi - Oui... et toi ?"

Ce culot m'avait estomaqué. C'était donc pas plus compliqué que ça ? Il suffisait de demander à un mec s'il était chaud pour coucher avec ?
En fait oui, et quelques années après c'est à peu près toujours aussi simple. Il suffit d'oser.

Je m'imagine alors en train de monter un escalier en faisant glisser ma main sur une rampe en bois. Arriver dans un appartement haussmannien avec un balcon en ferronnerie, avec un mec qui travaille dans la pub, ou la presse, un Thierry Ardisson quoi, qui débouche une bouteille de Champagne.
Je déchante rapidement. Je me retrouve à Longjumeau au rez-de-chaussée à écouter ce type me raconter qu'il est infirmier et qu'il vient de Saint-Quentin-Fallavier, à dix minutes de mon maudit bled d'enfance !
En plus il est d'origine espagnol, et s'il est bien un pays dont je me fous et une culture qui ne m'intéresse pas le moins du monde, c'est bien dans ce coin là. 
L'Espagne pour moi c'était le symbole de la vulgarité, et ça l'est toujours d'ailleurs. De la musique vulgos, des danses de froti-frota obscènes, une Histoire aussi arrogante que leur langue, sans parler de leur cinéma et des films d'Almodovar et de ses personnages dont on se fout de la destinée.

"- Quel est pour toi le comble de la misère ? - Voyager en Espagne."
Franck Zappa, Bains de Minuit.


Bref c'est pas ce que j'espérais, mais j'ai pas le temps d'élaborer une stratégie de fuite. Il est déjà en train de m'embrasser. Puisque'on y est on y est. Je me laisse faire, je bande comme un malade et je décide (déjà) de le vivre à fond.

Il décide que naturellement, on est ensemble. On se verra cinq ou six fois, je ne sais plus. Il a de l'écume sur la commissure des lèvres quand il baise et ça m’écœure. Je ne vois plus que ça.
Une fois je l'ai enculé sans y prendre aucun plaisir. Il voulu me prendre aussi, j'ai refusé.
C'est un samedi que j'ai profité d'une engueulade pathétique dans un centre commercial pourri de banlieue pour le larguer le soir même par téléphone. J'avais pas envie d'être classe, vu que je n'avais pas particulièrement de respect pour lui. Au contraire, j'avais inconsciemment envie de me venger sur lui de lui avoir céder aussi facilement. J'étais en colère.

Il a essayé par l'entremise d'un ami à lui de renouer, j'ai fait clairement savoir qu'il en était hors de question. Et je crois même que j'ai essayé de me taper son pote en question. Ça n'a pas marché, ça devait être un vrai ami.
Mais avec seize ans d'écart t'espérais quoi ? Qu'on allait acheter un pavillon de banlieue ?
Mon premier mec m'a dégoutté des mecs. Je suis resté un an sans recoucher avec quelqu'un. Je ne me souviens pas de frustration durant cette année là, juste l'envie de réussir à Paris et de m'installer durablement. Le reste viendrait plus tard...

Je l'ai revu deux fois, dans Paris, à plusieurs années d'écart. Juste quelques mots échangés, une distance un peu méprisante que je ne pouvais m'empêcher d'avoir vis à vis de lui. "- Tiens t'as un peu grossi." m'avait-il lancé la deuxième fois. Connard !

C'est peut-être avec ce mec, André (ouais il avait un prénom pourri en plus), que j'ai appris qu'on pouvait ne rien ressentir en couchant avec quelqu'un, et qu'on avait pas besoin de s'encombrer de considération pour ce genre de rapports.






5 commentaires:

  1. Euh... Je crois que PD ou hétéro la "1ère fois" est souvent décevante, non ? Rares sont ceux (j'ai ce bonheur) pour qui le souvenir reste bon avec les années

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  2. Je te trouve bien sévère, hargneux même. Pour ma part, je trouve que ces expériences foireuses de la prime jeunesse ont au contraire une grande qualité... éducative. Après plusieurs années de colère et de dégoût au souvenir de ma première rencontre (le premier mec rencontré à 18 ans aux Tuileries, la nuit, m'a enculé à sec puis m'a volé en me menaçant d'un couteau) j'en viens à me dire que j'ai beaucoup appris de cette expérience qui m'a rendu moins naïf et plus éveillé aux risques, plus sûr de moi. Mais il faut du temps pour digérer tout ça. Et ma préoccupation présente sera aussi de ne pas faire subir un manque d'égards à plus jeune ou plus innocent en souvenir de ce que j'ai pu être au même âge. Olivier

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  3. Une de ces genèse...

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  4. Au moins, cet André t'aura "lancé sur les rails" de ta vie sexuelle, même si l'histoire n'est pas vraiment sympa (mais bon, ya pire, ce le comm n°2 ci dessus)... Et tu t'es bien rattrapé depuis !

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  5. Ah bien c'est pas moi, j'ai habité 29 ans à Longjumeau, je batifolais à Paris, mais je ne cueillais jamais les mecs dans la rue, trop peu sur de moi.
    C'est vrai que ce coin est inhospitalier, seul un jeune américain spécialiste de" transition du roman au gothique" a trouvé quelque intéret à l'église de cette ville...

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