vendredi 17 janvier 2014

Alors je sais,

vous voudriez que je vous dise qu'il est rentré plus d'Allemands dans mon corps en douze jours qu'en zone occupée pendant toute la seconde guerre mondiale. 
Et bien figurez-vous ​que ​non ! Même si ça doit se jouer à pas grand chose...

C'est arrivé subitement en plein milieu du sauna où j'étais retourné ce vendredi soir. J'étais en train de me faire sucer dans le hammam du Boiler à Berlin par un mec a genoux​,​ devant quatre ​autres mecs qui se branlaient autour ​(normal quoi) et j'ai fait signe au ​pompeur de se relever. J'avais plus envie. Et du reste de la soirée et des jours qui ont suivi, les mecs m'ont dégoûté.  

Que s'était-​il donc passé : Je couve une grippe ? trop de mecs ? pas assez de sommeil ? lassitude de cette vie nocturne depuis douze jours (on a pratiquement pas vu la lumière du jour depuis le 27 décembre, sauf les matins où on rentrait de boite après neuf heures) ? Ou est ce à cet instant que je tombe amoureux de Jérôme, que je brûle ​intérieurement ​de revoir ?

​Dans la semaine, j​'avais pourtant fait mon marché sur PlanetRoméo en prévision de notre weekend polonais à Szczecin, gardé contact avec trois mecs  (toujours prévoir 2/3 d'annulations) dont le premier devait se présenter à l'appart une demi heure ​après notre arrivée.
Mais non. J'ai laissé mes trois potes prendre la relève et en baiser deux des trois.

" - Désolé mais je suis pas super chaud en fait, mais tu peux me taper mon pote black si tu veux, ici ça court pas les rues". 

Je ne pensais pas être capable d'écrire ça à une bombasse un jour mais j'en étais arrivé là. Je n'en voulais plus.​
Et pour la première fois​ dans ce cas mon corps ne suit plus. Si je décide de me taper ​ce mec sans en avoir envie, l'érection ne suivra pas longtemps.

À Paris quand c'est comme ça je ne me pose pas de question, je ne fais rien, parfois pendant deux semaines, à moins de tomber sur une situation excitante. Mais là c'est la fin du Quentin Winter Fuck ​Tour et ça la fout franchement mal. Il ne restait plus que trois jours pour en profiter, et je ne savais pas encore à ce moment là qu'en rentrant en France le 6 janvier, trois lettres manuscrites de Jérôme m'attendraient dans la boîte aux lettres, avec des phrases du genre :

"(...) même si j'assume totalement le fait de perdre la tête en pensant à vous".

​Je m'interrogeais donc. Je refilais des plans à mes potes et ça me rendait quand même triste qu'ils se les tapent.​ Qu'est ce que je recherche au fond ? Certes je pense que le temps perdu est désormais comblé, mais je pense être dépendant d'une substance, celle de l'odeur du torse d'un mec, de la texture de ses lèvres. 
Même lorsque je suis en overdose de ça, je n'arrive toujours pas à accepter ​de rater des occasions​. Peut-être qu'en l'absence de certitude d'être désiré, mon cerveau fait l'amalgame avec le fait d'être éventuellement rejeté.

​C​'est ​au ​Club Skandal de Szczecin ​le samedi soir (4 janvier) ​que c'est momentanément​ revenu. Sur la piste, Cyprien tournait autour d'un minet de vingt ans qui en paraissait seize. ​Drague agressive. Le mec était accompagné d'un pote de vingt et un ans qui en paraissait vingt et un. Deux jeunes Polonais blonds et hilares, superficiels, sexy, et on dirait bien un peu cons.

Ils étaient inséparables, et le blondinet sur lequel Cyprien jetait son dévolu refusait pour l'heure de partir se faire trousser à l'appart sans son pote. Cyprien m'encouragea donc (rarissime) à draguer son pote, et les deux finirent au salon où sur les canapés face à face Ils se lâchaient progressivement, l'un me demandant d'ôter le crucifix que j'avais autour du coup, l'autre assis sur Cyprien en train de se faire masturber par lui. Ils découvrirent l'amour à la française, et complot ou pas, ils tentèrent avec plus ou moins de succès de nous jouir dans la bouche (sûrement une vieille coutume locale).

Une demi heure auparavant, sur le chemin de l'appart, précédant de quelques mètres nos ​deux ​proies du soir, je regardais Cyprien marcher. Je ne pouvais m'empêcher de l'admirer, lui et sa maîtrise de tout, sûr de son coup, de ses coups, ​cet homme ​pour qui​, malgré les défauts nombreux et handicapants,​ être désirable est tout de même une évidence. Droit dans son charisme, il marchait en traînant derrière lui sa proie du moment. Plus rien ne l'émerveille, des minets dans le genre il y en a eu des milliers avant celui là, il y en aura des centaines après, et le gamin n'en sait rien. Pour eux, petits Polonais coincés dans leur province natale, se taper ​deux français c'est juste inespéré. Ils en parleront des semaines alors que Cyprien les aura remplacés le lendemain même​.

​Les voyages calibrés au timing optimisé c'est lui, les trente six heures de fête au Berghain aussi. C'est lui élégamment les saunas néerlandais avec des cabines en verre, les sex parties où ça partouze à 360°. Les ​baiseurs du Cap d'Agde et les ​minets des boîtes de province polonaise​.
​.​ 
Mon initiation à ce que d'autres appellent la perversion c'est​ encore​ lui, la dédramatisation du sexe surtout. 

À la fois esclave et bourreau, Cyprien marchait en se tenant droit, en flamboyant sex addict qu'il est.

​Et je prenais pour la première fois conscience de l'influence qu'il avait eu sur ma vie ces dernières années.





10 commentaires:

  1. Ce n'est pas simplement une description admirative (et spéculaire comme disent les pédants : c'est à dire que tu voudrais lui ressembler à mort) et un peu envieuse d'un mec, ça... ça tient un peu de la déclaration d'amour pour Cyprien ça non ? Non ? ... Mouais ... Un peu quand même non ? :-)

    RépondreSupprimer
  2. En tous cas, ce post est un superbe morceau de littérature introspective à tendance récapitulative et analytique. L'auteur, tout à coup, prend conscience de son destin, des influences qu'il subit et décide de prendre en main son avenir ! Suite au prochain numéro...

    RépondreSupprimer
  3. En tout cas, je découvre, c'est joliment écrit.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bravo pour ton blog, très beau style. Très Proustien j'adore ça :)

      Supprimer
  4. Merci du compliment.
    Proust, tu vas sourire, je n'ai jamais lu, d'abord pas d'occasion, même au lycée, et ensuite peur de m'ennuyer...

    RépondreSupprimer
  5. « vous voudriez que je vous dise qu'il est rentré plus d'Allemands dans mon corps en douze jours qu'en zone occupée pendant toute la seconde guerre mondiale. »

    ^^

    ça m'a tout de suite rappelé l'actrice Arletty, déclarant à son arrestation pour collaboration horizontale :

    « Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international ! »


    Stef_dgcab

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et lorsqu'elle était emprisonnée pour collaboration, lorsqu'on lui demandait :
      "- Comment ça va aujourd'hui Arletty ?
      - Bof... Pas très résistante"

      Supprimer
  6. rassure-toi Quentin, tu ne sera pas tondu :)

    stef_dgcab

    RépondreSupprimer
  7. Cyprien comme tu le nommes ici je pense le reconnaitre. Je pense qu'un jour son cas sera étudié en psy... je l'ai connu vers 2001 - 2002 à son arrivée à Paris je suis un peu plus jeune que lui. Il se faisait appeler C**** à l'époque. Un vrai drogué du q il tenait alors un skyblog

    RépondreSupprimer