jeudi 14 novembre 2013

Et ce garçon seul

le dernier jour de mon séjour, sur la perspective Nevski, sous les regards plus ou moins bienveillants des passants.
Il est là, pas à l'aise, sur ses gardes, mais reste, avec sa banderole alertant sur les agressions récentes contre les gays.



Un montage de photos d'agressions d'homosexuels russes, de la petite gay pride de Voronej largement réprimée dans le sang, et en bas à droite, l'ombre des néo-nazis. 
Des nazis. Dans ce pays qui les a pourtant vaincus avec tant de force.
"Stop à la violence, l'Etat se trompe d'ennemi." C'est ce qu'il a marqué en lettres capitales.





Je le regarde, lui que je devrais sentir si proche de moi dans ses convictions mais dont je me sens si loin par la détermination.
"Quel courage" je ne cesse de penser.

Une demi-douzaine de personnes l'observent sans rien dire, je n'arrive pas à savoir ce qu'ils peuvent penser.

Je me suis décidé à aller lui parler.
"- Tu n'as pas peur d'être seul ici ?"
"- Mais je ne suis pas seul, nous sommes une bonne dizaine le long de la perspective Nevski aujourd'hui, silencieusement, juste pour informer les gens de ce qui se passe en ce moment, et de ce qui s'est passé dimanche dernier, puisqu'aucun média n'en parle."

Je n'avais pas vu les autres, plus bas sur le boulevard.
"Ce qui s'est passé dimanche dernier" c'est un des lecteurs -anonyme- de ce blog qui le racontait ici. Une agression innommable dans les locaux de l'association LaSky que j'avais rencontrée au tout début de mon séjour.

Ce garçon là, sur la perspective Nevski, m'en reparle, s'étonne que j'ai été au courant, et m'apprend que le garçon agressé à finalement définitivement perdu son œil cette semaine suite à l'agression. 
C'est ça, être militant homosexuel aujourd'hui en Russie.

Certes on me dira qu'il s'agit d'un militant, et qu'être homosexuel en Russie aujourd'hui n'est pas plus dangereux qu'en France. Ce qu'on refuse en Russie, c'est la visibilité des gays, pas les gays. 
Mais quand même. Il n'y a pas que ça, non plus.

Avant de partir je lui ai serré la main en lui disant mon admiration, lui témoignant très brièvement mon modeste soutien. 

Et là les personnes qui le regardaient jusqu'à lors à distance respectables sont arrivées, ont enlevé leurs gants et lui ont toutes serré la main les unes après les autres. Il a sourit, timidement, mais tenir sa banderole bien droite lui importait bien davantage.

J'étais déjà en train de partir, je me suis retourné pour regarder la scène, les larmes montant aux yeux, puis j'ai continué ma route.

A la nuit tombée, en revenant sur mes pas, j'ai reconnu l'endroit en question.
Il avait été là.




3 commentaires:

  1. C'est effectivement admirable comme combat.
    En France, dès qu'un homo se fait agresser, ça passe dans tous les journaux et tout le monde condamne. Les agresseurs sont recherchés et traduits devant la justice.
    la bas, c'est l'indifférence et l'inaction qui règne, avec une certaine complaisance des autorités (en tout cas, vu de France)
    Cependant, le fait que tout le monde lui ait serré la main est très encourageant, la situation va surement évoluer si la population la considère comme inacceptable.

    Flo

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  2. C'est chaud dis donc! c'est triste à pleurer.

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  3. Ca change du ton habituel des articles qu'on peut lire sur ce blog !

    Et franchement, chapeau à ce gars qui a une sacré paire de c*****s ! Ca fait plaisir de voir qu'il a été soutenu, dommage que ca n'ait pas été naturel et qu'il ait fallu que tu "lances le mouvement" (bien malgré toi)...

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