jeudi 15 août 2013

Adieu le Cap d'Agde,

en trois ans j'ai fait le tour de ce que tu étais. Formidablement représentatif de la misère sexuelle des célibataires vieillissants, révélateur de la part de voyeurisme et d'exhibitionnisme de chacun (et surtout de moi), tu m'as quand même offert de beaux moments.

adieu la dune, aussi

Mais après avoir baisé sur la plage, à quelques mètres de la mer cette année, en pleine après-midi, que pourrais-je faire de plus l'année prochaine ? Vieillir et devenir ceux que je juge du regard, ces vieux vicelards bedonnants qui ne peuvent espérer que se masturber devant les autres, devenir été après été spectateur de mon déclin ?

On va s'arrêter là je crois, ton bar gay "le Look" avec ton DJ improbable entouré de montagnes de CD mais qui passe chaque jour les cinq mêmes titres (j'exagère pas), ta discothèque gay friendly "le Pharaon" où ça baise à même le dancefloor sous les yeux de Capucine, ta trav' locale avec son cri de hyène qu'on égorge, ça va bien.

J'y retournais sans cesse c'est vrai, je ne vais pas le renier, le deuxième soir, pas encore remis de la déception de la veille, on se lookait et on se refaisait la tournée Look+Pharaon, plus pour se faire convoiter que pour réellement s'y amuser. On trouvait ça nul mais on ne pouvait pas s'en passer.

Sans Cyprien je n'aurais jamais fait la démarche de côtoyer cet endroit de dépravation sans limites. "La Baie des Cochons" serait restée comme pour beaucoup un lieu de curiosité, et de curiosité il n'y en a désormais plus. 

Le concept était simple. Chaque année Cyprien invitait gratuitement dans notre bungalow le top des minets qu'il s'était envoyé pendant l'année. Double stratégie de sa part : non seulement en lâchant ces minous surchauffés parmi nous il avait champ libre pour draguer les autres qui se présenteraient sur la plage, et de surcroît il pouvait s'en servir comme appât pour ceux qui se révélaient un peu récalcitrants.
Le système est bon et fonctionne, tout le monde y trouve son compte, et s'il est un ingrédient du Cap d'Agde que je risque de regretter et qui pourrait me faire revenir sur ma décision, c'est celui là : Passer une semaine 24/24 en mode vacances avec des inconnus et voir combien de temps ça prend pour que tout le monde couche à peu près avec tout le monde.

Ce dernier jour pourtant je ne désirais plus rien ni personne, pas même les minets en rut en question. Julien, dont les hormones de minet de vingt deux ans explosent à chaque instant, voulait remettre ça sur la plage. On ne dépassa pas le stade des préliminaires. L'avais-je déjà obtenu pour ainsi m'en désintéresser ? Est-il finalement trop jeune pour moi ? Je pense plutôt que le problème est inhérent au Cap d'Agde : comment puis-je désirer quelqu'un sans l'avoir jamais vu habillé, moi que rien n'excite plus que le contraste entre la version habillée sobre, et la version nue en action.

Arnaud c'était pareil, depuis notre partie de sexe au milieu des autres dès mon arrivée, il m'avait relancé quotidiennement jusqu'à son départ samedi matin, s'asseyant même avec insistance sur mon lit en me réveillant, à trente minutes de l'heure à laquelle prendre son bus pour remonter sur Rouen, en me lançant : 
"- Quentin je t'aurais bien re-déglingué avant de partir"

"je t'aurais bien re-déglingué"

Rien que pour cette phrase entendue au réveil de ces lèvres claires et boudeuses, j'ai remercié Cyprien.
Peut-être que ce qui est fait n'est plus à faire tout simplement. Pour la première fois je le voyais intégralement habillé (il sortait la veille simplement vêtu de son shorty noir), et pourtant : rien.

Si les minets de vingt ans c'est pas particulièrement mon truc sexuellement, je dois admettre qu'être désiré par eux, alors que j'ai quelques années de plus, est formidablement valorisant.

Ailleurs tout est tellement compliqué.
Ici l'atmosphère sexuelle omniprésente, l'ambiance de drague décomplexée permanente multipliait les connexions. Géographie limitée, vie en communauté, pas de programme pré-établi, les vacances avaient le goût de vacances : La grasse mat', faire du sexe sans avoir à mouliner, devant les autres sans aucune pudeur, les petits déjeuner sur la terrasse, les siestes, les créatures improbables sur la plage, la drague dans les dunes (la fameuse réserve naturelle de Bagnas, qui n'en est pas une), ses bonnes surprises derrière les roseaux et son atmosphère de chasse, les before dans le bungalow à danser comme des connes des soirées entières avec nos enceintes et notre rosé.

...

Bon on verra en janvier, lorsque le mail annuel de Cyrpien arrivera, on verra si mon désir de succomber à nouveau pendant quelques jours à tout ça sera le plus fort, et si je risquerai par la même de devenir un vieux du Cap, un de plus.






10 commentaires:

  1. ouuu l'avais l'air pas mal le "jt'aurais bien redéglingué" !!!

    Le Petit Stephanois

    RépondreSupprimer
  2. En fait je crois qu'avec ce que tu viens d'écrire, tu es déja un de ces vieux du cap d'agde.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. en même temps heureusement que mon blog existe pour pouvoir déverser toute votre violence

      Supprimer
  3. Violence? :o
    C'est la victimisation maintenant?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Attaque personnelle, gratuite, anonyme, sans développement, t'appelles ça comment ?

      Supprimer
  4. Cela sonne comme un long râle de lassitude.. Comme si après trois ans de débauche excessive, tu avais non seulement fait le tour du Cap d'Agde, mais aussi de tes expériences, ou alors est-ce seulement le son de la nostalgie?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A la vérité c'est un peu des deux, je crois.

      Supprimer
    2. Alors, selon toi, la liberté qu’octroie les lieux plus "ouverts", l’exhibitionnisme, la (sur)consommation de sexe et tout ce qui en suit trouve donc une limite... ?

      Je lis que beaucoup des gens invités sont jeunes, et je me pose donc la question, vaut-il mieux en profiter jeune avant d'être sevré? Ou est ce que sont tes années de plus qui t'offrent ce recul sur ces expériences?

      Supprimer
    3. Elle trouve une limite en ce qui me concerne, d'autre, visiblement, y trouvent satisfaction une vie entière. C'est justement eux ma limite : N'être plus désirable physiquement dans un lieu pareil c'est n'est plus rien.

      Supprimer
  5. Qui désire ce que tout le monde a? qui hormis le paresseux et celui qui n'a qu'une piètre idée de lui même, peut désirer le commun , le facile, le sans risque, le sans gout finalement...?

    RépondreSupprimer