jeudi 23 mai 2013

J'avais oublié

à quel point c'était léger. À quel point l'éphémère pouvait être tout le sel d' une rencontre, à quel point savoir qu'on ne se verrait probablement qu'une seule fois permettait de tout dire, fantasmes comme confidences privées. Cette impression de papilloner alors que tout le monde dort, en buttinant ce qu'on peu trouver de plus parfumé, débarrassé des tracas du coeur, des questionnements vains sur l'avenir.

C'est mardi soir sur grindr, alors que nous étions rentrés à l'hôtel, que cet "heterosexuel" revendiqué, sicilien pur jus, me dit vouloir simplement se faire sucer dans sa voiture. 





Après une semaine d'abstinence, j'explosais. Et les autres contacts sur Palerme traînaient à avancer ("je ne peux pas recevoir car j'habite en coloc/avec ma copine/chez mes parents/sous un pont"). Je ne me voyais pas non plus virer Ben de la chambre pour recevoir le mec.

Il arriva donc devant mon Bed & Breakfast avec sa voiture. Gentleman. Il sort, me salue, m'ouvre la porte. Des Corona fraiches attendent sous l'autoradio. 1,95 m, des mains immenses, une virilité incontestable. Absolument rien de féminin, voix grave, rien dans ses attitudes qui pourrait traduire un intérêt pour moi ou une faiblesse pour mon physique. Le mec insoupçonnable.

Le sel n'est pas tant dans la relation sexuelle en elle même que dans ce qui l'entoure. Nous discutons, il me parle des coups de Sirocco de la semaine dernière qui ont amené sur toute la ville des kilos de sable venus du Sahara. Je le questionne un peu sur son travail d'ingénieur chez Veolia, le questionne beaucoup sur sa vie d'hetero qui aime se faire sucer le soir venu. Dix mecs connus en deux ans, brèves rencontres, que du soft.
Ce soir il a dit à sa copine qu'il allait visiter un pote qui habite à deux pâtés de maison, flippe qu'elle puisse appeler pour vérifier.
Personne ne sait, même son ami le plus proche, qui fait peut-être pareil. Nous sommes en Sicile, le mariage gay c'est pas pour tout de suite.

Après une bonne demi heure de route, les champs d'oliviers. Nous sommes bien au nord de Palerme.

Banquette arrière, il change de mode. Lui aussi donne la sensation d'exploser. Excitation d'un homme qui décide de se libérer lui même de sa frustration. Alors que j'aurais pu avoir peur il y a quelquetemps de ce visage là, voilà qu'il m'amuse. Car ce visage,  je commence à le connaitre, et à jouer avec. Gestes et positions, souffles et regards  je fais tout pour le chauffer à mort, pour lui montrer que je ne suis pas quelqu'un qui le jugera sur ce qu'il décidera de dire ou faire avec moi, mais sur ce qu'il déciderait de taire ou de s'empêcher de faire. Jusqu'à il y a peu, quand un mec me disait de lui dire que j'étais sa salope je faisais semblant de ne pas avoir entendu, gêné. Maintenant je le dis, et de quelle manière. Tout ceci n'est qu'un jeu.

J'enlève ce qui me reste de vêtements, et monte sur lui pour coller mon torse au siens. Il ne peut pas être plus dur qu'à cet instant. Derrière sa tête ma main fouille sur la plage arrière, dans mes vêtements. Je sors le préservatif, il le voit et lâche doucement : "-Non..". Là par contre je fais comme si je n'avais rien entendu, et le lui enfile.

Pour je ne sais quelle raison au bout de quelques minutes il fait une pause, et jette la capote. Je n'en ai qu'une, il réplique quelques mots en Italien qui montrent qu'il s'en veut de l'avoir jetée sans reflechir. "- I want to fuck you again" me dit-il,
"- I'm not a condom factory" lui dis-je, encore allongé sur le dos sur la banquette.

Personne alentour, dans la nuit, on décide de sortir de la voiture, lui encore vêtu de son polo, moi entièrement nu.
À ce moment là il pourrait tout faire. Me pousser en arrière et se barrer avec la voiture et mes affaires par exemple. Non, nous finissons à même  la carrosserie, encore couverte du sable du Sahara. Il se colle à moi en me demandant si la carrosserie est froide, si son sexe est chaud. Il est au bout de son excitation, parle en italien. Je me laisse tomber accroupi au sol. Il se recule alors de 50 cm. Pourquoi ? Je le comprends quelques secondes plus tard. Ce mec ne doit pas coucher tous les jours avec sa femme. En tout cas pas ces cinq derniers jours.

Mercredi matin en me réveillant, ma première pensée n'a pas été pour Nicklas. C'est la première fois depuis une semaine. J'ai pensé à la météo, à la plage de Monticello où nous avons prévu de passer la journée, et aux viennoiseries du petit-déjeuner qui nous attendent à côté.

Je n'ai sûrement plus vocation à enchaîner les plans comme il y a encore peu de temps.
La sensation brute ne me suffira plus. Le "supplement d'âme" procuré par le partage avec celui qu'on chérie est peut-être sur le point de devenir plus puissant encore.
Mais en couple ou pas, je pense garder toujours goût à ce genre de rencontre, qui a tout du fantasme improvisé et inconsciemment tant recherché.




4 commentaires:

  1. "1,95 m, des mains immenses, une virilité incontestable" : C'est typiquement le genre de détails que j'adore. Et sa queue, hein ? Elle était comment sa queue ?

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  2. Virilité = aimer que quelqu'un qui a une bite nous fasse jouir.
    Ok. A ajouter aux nouveaux concepts des clichés bidons véhiculés par le milieux homo.
    a coté des muscles (c'est bien connu passer des heures en salle c'est ça être viril..même si on sait pas planter un clou ou dépanner quand qqch marche plus), de la pilosité (c'est bien connu, les poils sont un signe de virilité...y'a qu'a voir la moitié des gens du milieux gays qui aiment les poings dans le cul, et autres joyeusetés pour s'en convaincre) , de la peau mate (c'est bien connu, venir d'une culture où on n'assume jamais et où ils sont tous bi mais jamais vraiment pd, ou les femmes sont voilés et ou la violence masculine est la règle c'est ça être un mâle) etc etc...
    Au moins on rie bien ici! lol T'en as d'autres?

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    1. Il est bon ton commentaire toi ! :)

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    2. Planter un clou et réparer un aspirateur seraient donc l'alpha et l'omega de la virilité? Bonjour les clichés...

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