samedi 18 mai 2013

C'était beau.


Une fin d'après-midi du mois de mai, avec un soleil orange pile dans l'axe de la promenade plantée, qui éclaire nos deux visages en flirtant avec les derniers arbres exposés. L'allée Vivaldi, à deux pas de chez moi, était silencieuse et dorée, et sentait des parfums de fleurs. L'été allait redémarrer, un cycle recommençait et moi j'avais Nicklas devant moi, assis sur son banc, qui restait les yeux posés sur moi. Frissons.

Je me suis décidé à lui écrire en fin d'après-midi. Son message n'attendait à priori pas de réponse mais c'était l'occasion pour moi de saisir une perche, qui peut-être n'existait pas. C'était le risque.
Je décidais de lui dire simplement ce qui m'avait décidé à vouloir le revoir, en lui joignant le texto de ma pote Pauline :



Dès qu'il m'a répondu "-Tu veux que je passe te voir ?" je me suis préparé. rasage, coiffage, jeans qu'il ne connaissait pas, t.shirt blanc et sweat blanc, Angel de Mugler.
"- ok mais pas chez moi, on ira faire un tour." Non seulement j'avais fait une machine et le linge séchait partout, mais il me fallait un lieu neutre.

Une demi-heure plus tard il était là, et garait son scooter juste devant la porte de mon immeuble. Il était beau, rasé, à tomber.

Nous sommes allé au fond des choses. 
Ça commence soft. Mise au point sur les plans, sur ce qu'il est prêt à garder pour lui, à ne pas imposer à l'autre. Il pense qu'il me ferait souffrir à rester avec lui. Je lui demande où seront les plus grandes douleurs pour moi : à nous séparer ce soir, où à rester ensemble. Il pense qu'il me causera davantage de malheur.

Nous y sommes.

Il ne m'aime pas, mais je n'en demandais déjà pas tant. Je ne lui plais pas, en tout cas pas assez. Il n'est sexuellement pas satisfait, alors que j'étais en extase. 
Je n'ai pas compris, ne comprends toujours pas, c'est la première fois que ça m'arrive. Sans doute est-il trop passif et réclame plus de virilité, moi qui croyais avoir révélé son penchant actif. 
Il rectifie en disant que je lui plaisais au début. 
Voilà, je suis ce que j'ai toujours recherché : un plan cul. Quoi de plus logique. Ça explique parfaitement son manque de délicatesse, tout se tient.
Sur le chemin il commente les mecs qu'on croise, fait des doubles sens sexuels en permanence, évoque ses nombreux plans dès qu'il le peut. On dirait qu'il fait le maximum pour me démontrer que je ne pourrai pas supporter ça, et qu'il n'aurait aucune intention de changer sur son absence de discretion quoi qu'il arrive.

J'ai désormais la réponse à la question de Pauline :
Oui, nous sommes au bout de l'histoire.

Il me faudra quelques semaines, me repasser tout le film jour après jour, pour comprendre comment ça s'est passé dans sa tête, et comment j'ai pu me tromper à ce point sur tout.

Silencieux, sur le chemin du retour, il lâche "- En général il me faut deux ou trois mois pour savoir vraiment si le mec me plait."
Le doute se réinstalle. Sa phrase de tout à l'heure se vérifie à l'instant : 
Il va me faire souffrir.
Je lui demande de préciser sa pensée, de dire quelquechose de clair. Je pense "Est ce que ça vaut le coup en fait de persévérer, malgré tout ce qui s'est dit ?"
Il répond :
"- Comment ça quelque chose de clair ? Ah non mais avec toi c'est bon j'ai déjà la réponse, ça n'attendra pas deux mois, une seul m'a suffit."

Voilà, une petite heure s'était écoulée, nous étions revenus au pied de mon immeuble devant son scooter. Le ciel était devenu sombre, ça commençait à cailler et tout le monde dans la rue tirait la gueule. Encore deux mois ou deux mois et demi et l'hiver sera bientôt de retour.
Je lui ai dit au revoir au radar, sans calculer mes mouvements, ai essayé de ne plus regarder son visage, me suis engouffré dans mon hall d'entrée. Je suffoque.

La première chose que j'ai faite en remontant chez moi n'a pas été d'appeler un pote pour me faire consoler, même pas Pauline, pas non plus de laisser les larmes couler, pas de chercher un autre mec. Ça a été de me jeter sur mon blog pour écrire ça : "c'était beau."

La tentation est pourtant très forte à cet instant de faire venir ancien plan énamouré, ex affectif, ou garçon esseulé en mal de câlins.

Mais rien n'était plus important que d'écrire ces trois mots, à la fin de cette sale, très sale journée, au début de cette sale, très sale période qui s'annonce.





12 commentaires:

  1. "Il faut que le cœur se brise ou se bronze" le tiens, comme celui de beaucoup, par le comportement de ceux en quête perpétuelle de plans à n'importe quel prix, sera un peu bronzé...

    Il y a des risques que tu aies des nouvelles de lui prochainement tout de même je pense, ou plus tard. Il t'écrit, te rend visite... même s'il t'a dit tout ce qu'il te dit ce sont des actes qui parlent d'eux mêmes, mais ce n'est pas quelqu'un à qui tu peux te fier en effet.

    Quand je disais que ça n'est pas terminé je pensais également aux conséquences, à savoir, la "sale période" comme tu dis...

    Eh oui, parfois la vie est une tartine de merde qu'il faut manger en souriant
    ~* une petite bouchée chaque jour *~

    A suivre...

    forensico

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  2. Ce mec est quand même TOUT sauf délicat. On peut être un queutard en restant correct surtout quand la personne en face de toi t'expose ses sentiments et le trouble que tu lui fais. Qu'est-ce qu'il voulait en venant te voir comme ça et à te sortir ce qu'il t'a sorti ? Te rabaisser pour se sentir supérieur ? Ce mec est un petit connard.
    Ne perds pas trop de temps à pleurer votre histoire. Ce n'est que le début d'autre chose (de meilleur).

    Amic!

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    1. En me sortant ça il me fait comprendre qu'il n'y a plus rien à espérer, et c'est sûrement mieux. Grâce à ça, je suis rentré dans mon immeuble sans doute aucun sur la fin de notre histoire.

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    2. Tu es extrême, voire injuste, il est passé le voir car il sentait qu'il en avait besoin et a été franc.
      Je pense pas que ca en fasse un "connard".
      Il y en a qui n'auraient pas pris cette peine.

      forensico

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  3. Salut Amigo (que je ne connais pas...)

    Je crois qu'on a tous compris que tu recherches pas seulement du sexe, mais aussi l'Amour. C'est long à se trouver soi même alors trouver l'autre c'est encore moins facile. Et pourtant... pourtant il y a forcément quelqu'un sur cette terre qui ne demande qu'à t'aimer et à etre aimé. Tu le dis si bien : quant on est désiré, on se surpasse... et la vie devient légére, même les jours de pluie deviennent divins.

    Bien sur il y a le sexe, ce besoin incompressible de se faire du bien physiquement, mais à travers le sexe, le besoin de s'exprimer et de rencontrer l'autre, de le mieux connaitre, de le percevoir.

    L'alcool, la fumette, ca peut aider à désinhiber, c'est un anesthesique puissant qui endort les derniéres réticences, les conventions, et qui rend les rapports humains plus faciles, mais ca peut pas etre un mode de vie, c'est juste une aide pour faciliter les premiers contacts.

    Cette fringale de sexe n'est elle pas une sorte de fuite en avant ? Les plans qui s'enchainnent, les coups d'enfer, les corps à corps fusionnels, c'est bien pour se faire du bien et surtout pour se rassurer sur ses propres capacités à séduire, mais est-ce que c'est ce que tu cherches au fond de toi ?

    Un creux, je concois que c'est tres dur, surtout avec l'émotion intense que tu y place (à la hauteur de tes espoirs), mais ca fait du bien de se dire la vérité. N'aies pas peur d'être vrai, direct et d'aller au fond des choses des le départ, tu vas gagner beaucoup de temps et perdre moins d'energie. Fais pas de détour (le lieu de rdV, les echanges par l'intermédiaire de la bonne copine, les dialogues SMS vides...), communiques direct sur le fond. Ce que tu as fait en le rencontrant c'est que qu'il y a de mieux. Tires les lecons de ce que tu recois tous les jours, tu avances ensuite plus vite et plus efficacement...

    Ta grande sensibilité (trop ?) noie toutes les informations que tu recois, et tu ne sais plus ou tu en es. Prends du recul, respires, trie, oublies ce qui doit l'être. Des milliers de personnes se cherchent tous les jours. Forcement, tu vas rencontrer celui qui t'attend aussi. Et puis, réfléchis à ce que tu cherches vraiment au fond de toi... on est là pour échanger, ca peut aider...

    Voilà ce que je peux humblement t'apporter pour t'aider dans un premier temps... aprés avoir aussi vécu des choses pas faciles et avoir surmonté pas mal d'obstacles.

    @+




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    1. Ce que je recherche au fond de moi ? Un couple libre, où chacun protège l'autre.

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    2. Et si la meilleure façon de protéger l'autre ca serait la fidélité? je sais ca parait con et ca t'hérisse sans doute le poil mais je pense que c'est ca la raison de la fidélité (au delà des questions de santé...)... toi tu veux une protection en cachant à l'autre les plans extra conjugaux et que l'autre en fasse de même... mais s'il n'y en a pas il n'y a pas de souffrance non? Vaut mieux la frustration de pas aller voir ailleurs ou bien cette souffrance que tu sais que l'autre va voir ailleurs ?(faut vraiment etre dupe je pense pour pas s'en rendre compte...)

      forensico

      forensico

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    3. Pour prolonger ta réponse : il n'y a pas besoin d'aller voir ailleurs de fuir vers des plans à n'en plus finir quand on a un Amour dans sa vie. On est bien et ca suffit. Je ne comprends pas "un couple libre". Quand on aime, il n'y a pas frustration, ni de manque. Quand on n'aime plus et que c'est cassé, alors oui, on repart... Je comprends pas ces situations pas nettes ou on a son port d'attache et on navigue autour. Comment veux tu etre bien comme ca ? ne pas avoir de conflit intérieur ? ne pas etre entre deux voire trois anneaux, sans eprouver de difficultés ? Il n'y a pas de "protection" possible, ca doit etre clair, et crois moi ca resoud tous les conflits intérieurs et extérieurs. On est tellement plus à l'aise. On peut pas mélanger les sentiments plu o umoins profonds avec un etre humain et une débauche sexuelle. c'est soit l'un soit l'autre. Sinon c'est invivable pour toi et pour les autres.

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    4. Lorsqu'on est amoureux on ne pense pas à coucher avec quelqu'un d'autre c'est vrai. Mais l'amour passionnel ne dure pas, chez moi c'est un an et demi. Jamais plus. Pourtant j'ai été en couple avec des garçons bien plus longtemps que un an et demi. Dans ce cas là il faut savoir composer, ne pas faire de la fidélité un principe immuable.
      Je me suis forcé à être fidèle. La frustration m'a dévoré, et à tué mes couples.

      Quant à cet expérience là, ma souffrance ne venait pas que Nicklas aille voir ailleurs (c'était justement une raison pour laquelle quelquechose était possible entre lui et moi), mais qu'il ne veuille pas m'en préserver.

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  4. C'est ton meilleur texte, c'est comme si je l'avais vécu.

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  5. Bon bah finalement ce qui devait arriver arriva.
    Avant tout merci de partager avec tes lecteurs ces moments. C'est courageux.
    Ensuite, que te dire?
    Tu es encore une foi touchant...Mais ce n'est pas une raison pour s'apitoyer ...
    Tu nous racontes souvent ton quotidien, tu nous en sort des questions...mais et les réponses?
    Que tires tu comme conclusions pour ton avenir, de cette expérience? De celles de ces derniers mois? De ce que tu as appris sur toi?
    J'ai l'impression, avec le parallèle climatique que tu fais, que dans le fond, cette histoire, tu en avais envie plus qu'autre chose...
    Ce qui n'était qu'un énième plan comme les autres, n'as tu pas voulu tout mettre en oeuvre pour en faire une amourette car, le printemps venant, tu voulais ça pour changer ce quotidien si gris d'inconnus et de baises anonymes?
    Le probléme c'est que si c'etait une volonté, même inconsciente, tu as donc faussé la réalité, tu as contraints les faits pour qu'ils collent à ton besoin de l'instant... Un peu comme quand on se tape un moche dont on se dit sur l'instant qu'il est bien et qui nous fait nous poser de grandes questions sur le pourquoi de ce qui s'est passé plus tard quand on le revoit...

    S'ils ne sont manifestements pas là pour te dire certaines choses avant que tu n'en arrives là, tu as au moins l'avantage maintenant, de pouvoir compter sur tes amis dans les semaines à venir. je te souhaite d'en avoir un vrai, a qui tu dis TOUT sur ta vrai vie et qui ne va pas larmoyer avec toi parceque c'est plus facile mais saura t'aider a avancer dans ta réflexion sur tout ça. C'est de nos erreurs qu'on apprend... quand on veut vraiment progresser en tout cas.

    ps: Ne t'es tu jamais retrouvé toi, dans la situation de ce "Niklas"? (même sans l'avoir franchement su) je demande car ceux qui sont pret à le jeter au feu me semblent vraiment un peu trop aller dans le sens du courant....et c'est pas ça qui t'aidera...

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    1. Les conclusions, les leçons, je les tirerai plus tard, il est encore trop tôt, j'ai encore la tête sous l'eau.

      Sinon pour répondre à ta question, je me suis déjà trouvé dans la situation de ce Niklas, mais j'ai toujours fait comprendre dans ce cas là qu'il n'y avait rien à espérer de la relation avec moi. Dans ce cas là je ne laisse absolument rien s'installer, il n'y a alors aucun malentendu, aucune mise au point à faire. Je n'ai jamais joué avec un garçon.

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