mercredi 2 janvier 2013

Ça restait au stade allusif,

à une claque sur les fesses pour déconner ou à des regards de convoitise. Le réalisateur rencontré lors d'une nuit transgressive dans un cimetière (qui a vingt trois ans à présent, des épaules encore plus carrées et des yeux tout aussi bleus) et plaqué à même la moquette lors d'une précédente soirée était là. Nous étions donc sept à passer notre réveillon au Cap Ferret, dans la même villa que l'année dernière, avec Ben et sa bande. En fin de soirées c'était nettement moins allusif, où les mains sur la taille alternaient avec des avances prononcées sans honte devant tout le monde. Dans ces cas là je préfère toujours la convivialité platonique des fêtes entre amis à l'isolement sensuel. 
Quand c'est pas le moment, c'est pas le moment.

C'était hier soir, le dernier, et je finissais de ranger certaines des mes affaires dans ma valise. Il est entré dans la chambre que nous partagions tous les trois avec Ben. J'avais à peu près terminé et je suis parti rejoindre les autres au salon. Après une après-midi à faire les cons dans l'océan glacé, ça chialait devant Titanic que rediffusait France 4.

Quelques secondes plus tard il revenait au salon également, et consultait sa tablette électronique. Je me suis demandé l'objet de son passage dans la chambre puisqu'il n'y avait rien fait.
Deux minutes plus tard, dans le doute, je suis reparti dans la chambre plier une ou deux dernières affaires. Il m'a suivi. S'est assis sur le lit avec son iPad et faisait mine de s'en occuper en trifouillant ses icônes.
Ça a duré trois minutes. Je me souvenais que la veille, au même endroit, il me questionnaire sur mes habitudes dans les lieux chauds de Paris, me demandait de pouvoir m'accompagner la prochaine fois, et bandait très visiblement sous son pantalon de velours.

J'ai alors pris les choses en main, me sentais prêt à eventuellement encaisser un râteau et me suis lancé. Je me suis retourné, ai fermé la porte de la chambre, et ai posé ma main sur sa nuque en me penchant sur lui pour l'embrasser. Mouvement de recul, et lui à voix basse : 

"- Non non non non non!"
"- Pourquoi pas ?"

Silence... Je l'ai pris au dépourvu, il ne s'attendait vraiment pas à ce que je sois si entreprenant à ce moment précis. De plus ça en avait fait tomber son iPad au sol... Vraiment pas malin de ma part.

Je me redresse. Après quelques secondes de doute, il bascule en arrière et se retrouve en position couchée sur le lit. Il me regarde et lance en souriant : 

"-Tu voulais faire quoi ?"
"- Bah à ton avis ?"
en lui montrant la porte fermée et la pièce où nous étions seuls. 

Lui :
"-Cette nuit par contre j'avais grave envie de baiser ! Mais bon avec Ben..
"- Ah oui c'est sûr ça aurait pas été super pratique, tu choisis mal tes moments..." 


Et après un temps, toujours couché, les mains derrière la tête, il répète :
"- Alors on fait quoi ?"
"- Honnêtement après ce genre de truc... Me faire rejeter ça me coupe l'imagination !"

Et je suis sorti en fermant lentement mais sans hésitation la porte derrière moi.

Il me dira le soir même, peu avant de dormir :
"-Excuse moi pour tout à l'heure, c'était pas contre toi. En fait j'étais en train d'écrire un mail à mon copain et j'étais super concentré."

Même si je doute que ce soit exact, j'admets avoir mal choisi mon moment. Comme lui quand il me chauffe pendant qu'on est avec les autres au salon. Si c'est pour s'emballer devant les autres sans rien faire d'autre juste parce qu'il est chaud à ce moment là ça ne m'intéresse pas. Si c'est pour me réveiller en pleine nuit non plus.

Reconnaître et anticiper le bon moment pour baiser reste un problème assez universel, et il  est très fatiguant de devoir sans cesse se prêter à ce jeu assez interminable...

Bref, 2013 commence sur un beau râteau.
  



7 commentaires:

  1. pour moi ces derniers jours ont été comme ça...ce qui m'amene à la question... comment reconnaitre et anticiper le bon moment pour embrasser la personne lorsque l'on se trouve dans une situation de drague dans un endroit "non-chaud" (c'est-à-dire pas de sauna, disco, bar gay, etc.) et plutot "normale"? (comme dans cette histoire, ou lorsqu'on va prendre un verre/manger un truc ensmeble pour faire connaissance)

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    1. Normalement on s'envoie des signes, le bordel c'est pour bien interpréter ces signes...

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  2. je pense que, justement, les gens maitrisent de moins de moins l'art des signes...on est plutôt habitués aux situations de drague direct où on sait où on va avec précision. Du coup, les signes deviennent de plus en compliqués, non?

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    1. Je pense plutôt que ça n'a jamais été simple pour personne, et encore moins pour les hétéros...

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    2. Faire attention, voilà tout.

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  3. Ah bah c'est sur que c'est beaucoup plus subtil que dans tous les endroits où vous devez aller... et qui désolé de vous le dire semblent vous éloigner de ces subtilités. C'est malheureusement pas toujours possible de tout avoir.

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  4. Certes, c'est bien de maîtriser l'art de la drague dans le monde réel, mais ce qui me bloque, c'est que pour concrétiser il faut être prêt. S'être lavé le cul, quoi... Sacré contrainte! Olivier

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