vendredi 22 juin 2012

Je l'avais caché pour pas que mon copain le voie

Il était resté à mon travail, là où je l'avais écrit, là où tout s'est passé. Quand j'ai quitté ce job de merde, et que j'ai vidé mon casier, je l'ai rapporté à la maison. Mon copain Lubin m'avait largué, ça risquait plus rien. Je viens de remettrez la main sur les trois premières pages. Je sais que les suivantes sont quelquepart chez moi. Je chercherai ce week end.


C'était à l'époque où j'étais redevenu fidèle, et j'aimais bien écrire, faire du style avec les moments importants. Je me rends compte que j'écrivais très différemment d'aujourd'hui. C'était un peu le style à tout prix, en essayant vaguement d'être conceptuel. Je commençais mes textes en milieu de phrase et les terminait de la même façon pour bien montrer qu'il y avait de la vie avant et après. J'étais très passé simple, maintenant j'adore la forme orale du passé composé. J'isolais déjà mes aphorismes du reste du texte pour les mettre en valeur. J'avais plus de rigueur aussi.
Aujourd'hui j'ai une écriture plus brute, plus cash, plus trash. 
J'ai du trop lire Guillaume Dustan.


Viva la Vida
pour m'ennuyer gentiment à ce comptoir de bois derrière lequel nous commençons nous-même à moisir. Bientôt trois ans et demi à voir défiler de jeunes touristes de tous pays, venus capturer la tour Eiffel sans voir sa grâce, pousser jusqu'à Montmartre en s'endormant dans le funiculaire. De Sao Polo ou Manchester, pas grand chose à raconter en somme. Vacances sans fin faites de distractions sans fond, de filles et d'alcool. Pas énormément de filles mais toujours beaucoup d'alcool, voilà le cocktail. Etre le fournisseur de toute cette alchimie bancale est mon métier. Je fais couler en fut de 50 litres dans leurs veines l’élixir de leurs soirées quelquefois réussies.
De mon côté ça va quand même, merci. Une semaine sur deux loin de cette cave à l'odeur de Grolsh, l'autre seul ou accompagné, à l'ombre d'un arbre ou d'un banc de montage, mais amoureux, donc jamais vraiment seul.Cinq ans de cette douce complicité que des vagues récentes n'ont pas fait chavirer.
Qui se méfie de la routine d'une vie de couple ne connaîtra pas les joies de la stabilité.
Tout cela allait couler lentement, un drame mortel arriverait forcément un jour où l'autre,enverrai mon Amour loin de mes bras. Nous nous y attendions paisiblement, en songeant que
les vrais couples se forment dans la douleur et les larmes.
Ne jamais savoir ce qui nous attend.
La vingtaine à peine entamée, les épaules hautes et le dos droit, il était là ce lundi assis au comptoir. Un menton d'homme de l'Est et l' œil d'un enfant en éveil. Un regard, puis deux, il n'est pas le premier à chercher vers moi une conversation superficielle de barman qui feint s'intéresser au quotidien de touristes désœuvrés. Troisième appel qui n'est plus un regard mais une oeillade. A-t-il reconnu chez moi un goût dans lequel il se reconnaîtrait ? Cela arrive assez rarement pour que je considère ce garçon solitaire autrement que pour les quelques euros qu'il dépensera ici, et dont un infime pourcentage sera recopié sur ma feuille de paie.
Polo Lacoste sous un sweat à capuche, la coupe du pantalon a la même élégance que le port de son propriétaire. De profil, un beau garçon à la beauté un peu fade mais au charme slave indéniable. Ses sourcils dessinés par Répine et ses lèvres imaginées par Nabokov ne peuvent que me réveiller, moi que rien n'émeut davantage que toutes les beautés de l'Est, fussent-elles esthétiques ou intellectuelles.
Dans son verre de coca light, il n'est pas là pour noyer quoi que ce soit. Il me fixe, fait trembler une fraction de secondes ses lèvres, et m'adresse la parole pour un prétexte professionnel dont je ne suis plus dupe depuis longtemps.
Etudiant en médecine à Prague, ce type de vingt et un ans se tue au sport. Natation et course. Il compte aller voir Coldplay en concert à Prague à la rentrée. Avec une grammaire française frôlant la perfection, sous un accent tchèque à me damner, il me raconte son séjour de perfectionnement linguistique dans une famille d'accueil à deux pas d'ici. Récit du parcours habituel d'un touriste à Paris, Versailles en moins, cette merveille.Devant mon indignation à ce manquement il sourit, hésite un instant, et me demande si nous pouvons nous voir ailleurs qu'ici. Ce sera demain matin à neuf heures place de la Bastille, sur les marches de l'Opéra, direction gare d'Austerlitz. 
Dire que je ne m'attendais à rien serait mentir.
Quelques heures passées avec ce charmant garçon au destin prometteur suffirait à égayer ma semaine de travail.
Quiconque aura l'intention de se rendre au château de Versailles devra suivre nos pas de ce jour là; descendus en gare de Petit-Jouy-les-Loges, c'est par la forêt de Meudon que nous nous dirigeâmes vers le château. Deux heures de dépaysement inespéré que de se perdre dans des sentiers aux portes de Paris. Chênes, chemins de terre, ruisseaux, fougères, mon opium, mon Eden.Belle matinée au parfum de perfection. Versailles, ce mot au pluriel qui intimide comme l'étendue de royaumes incernables, un nom de château et de livre d'histoire, de frasques frivoles et de révolutions, de grandeur et de décadence. Marcher vers la couronne avec lui, Ladislav, prénom de prince russe à la terminaison de circonstance.
Il s'était occupé du déjeuner. Tomate, jambon, pain complet et brugnion, le nageur soigne sa ligne qu'il exhibe sous la découpe des bretelles de son sac à dos. J'avais repéré la dernière fois un petit étang à l'écart du chemin, où nous serions sûrement très bien.
C'est là, vers midi, notre repas terminé, que nous nous sommes trouvés debout côte-à-côte, torses nus, devant ce petit étang improbable. Long silence tout aussi impromptu. Le vent qui se met à souffler opportunément dans les feuilles d'arbres. Nos têtes qui se tournent l'une vers l'autre, et là : une lumière bouleversante qui dore le contour des feuilles de chêne, éclaircit la peau de son visage et rosit l'ourlet de ses lèvres.
Un sourire échangé et la paix absolue.
Plus de mot plus de réalité, plus de corps. Nous sommes deux coeurs en suspension, qui attendent que le vent nous emporte où il voudra.J'ai immédiatement senti que cet instant resterait; je le sais, même lorsqu'au soir de ma vie tout sera dit.
Je ne vis que pour quatre secondes comme celles là.
Qu'il en vienne encore, j'attendrai. 
Plus tard, allongés au bord de cet étang que nous ne pouvions quitter comme ça, je l'interrogeais sur ses amours et me questionnait sur ma petite amie éventuelle (...). Ladislav aime les filles mais se définit comme "un papillon", sans doute rassuré sur mes préférences il lâche enfin :
"- Et, tu voudras m'embrasser ?"

Je vais chercher la suite...









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