mercredi 18 janvier 2012

J'allais davantage au Dépôt (2)

La dernière fois que je vous ai raconté ma vie je nous avais laissés avec un dénommé Laurent dans une cabine du Dépôt, ce sex-club parisien hyper glauque. Ca se présentait bien, on a même baisé trois fois avec Laurent. Là, dans la cabine. Je crois que c'est la seule fois où ça m'est arrivé avec un inconnu. On est resté jusqu'à quatre heures du matin dans ces deux mètres carrés et on s'arrêtait que pour parler un peu, et ça redémarrait tout seul. On laissait une main traîner sur l'autre et on rebandait instantanément. J'ai été passif à chaque fois, mais c'était pourtant très complet, il y a eu l'osmose, qui est assez rare à trouver. Le bon équilibre entre la rudesse du sexe et la douceur du toucher. C'était crevant, forcément, et assez désorientant. Une homme normalement constitué n'est pas fait pour éjaculer trois fois en trois heures. En sortant j'étais tellement dans le coltard que je ne me souviens même pas comment on s'est séparés. Je me souviens juste lui avoir laissé mon nom et mon mail -ce que je ne faisais jamais d'habitude- sur un des bouts de papier qui sont à dispo au vestiaire.

On s'est revu une seule fois. A l'époque je sortais encore avec Wilfrid et je faisais le nécessaire pour ne pas m'attacher à quelqu'un d'autre. Infidèle peut-être mais stable. Il était projectionniste et avait loué une chambre d'hôtel sur le compte de sa société pour qu'on s'y retrouve. J'y étais retourné un peu à reculons, à vrai dire je ne voyais pas l'intérêt de se revoir. On était pas faits pour se rencontrer ce jour là, et ce qui était excitant pour moi c'était de trouver une telle osmose avec un inconnu.

En fait je n'aurais jamais du accepter de le revoir. Suite à la nuit qu'on a passé ensemble dans cet hôtel, il m'a écrit régulièrement sur mon mail pour redemander à me revoir. J'esquivais comme je pouvais, à la fin je refusais fermement, mais il durcissais le ton. Il me disait être amoureux de moi, et au bout de quelques semaines me menaçait de se suicider si je continuais à refuser de le revoir ne serais-ce qu'une fois. Je n'ai pas cédé, et j'ai reçu un jour un mail de lui qui était adressé à tous ces amis, une vingtaine.
Il annonçait son suicide prochain, en précisant qu'une seule personne parmi les destinataires pourrait parvenir à le faire changer d'avis. Je ne répondis pas, et je n'ai plus entendu parler de lui pendant deux mois.

C'est son meilleur ami qui mena l'enquête parmi tous les destinataires du mail. Il ne reconnut pas mon adresse mail et me demanda qui j'étais pour Laurent. Au téléphone, je lui racontât toute l'histoire, du Dépôt aux mails en passant par la nuit à l'hôtel. Après un silence il me répondit :

"-Donc c'est toi. Laurent s'est suicidé. La semaine dernière. Il est retourné chez ses parents dans le nord, et s'est pendu dans sa chambre d'adolescent. Heureusement la poutre a lâché et il est tombé au sol au bout de quelques secondes. Il est à l'hôpital là, il vient de sortir du comas. Il est amnésique, ça reviendra peut-être un jour mais il y a peu de chances. Il est en très mauvais état"

Évidemment choqué, je ne me souviens pas avoir tenté de garder un lien avec lui pour avoir des nouvelles. Je ne me suis pas inquiété outre mesure par la suite, je n'ai jamais ressenti aucune culpabilité, je n'y ai simplement plus pensé. Ce garçon n'était rien pour moi, juste un (bon) coup d'un soir.

Tout de même ! On ne peut pas se taper des mecs au Dépôt et réclamer en même temps de la considération.

Toujours est-il que j'ai reçu l'année dernière un mail de Laurent qui dit à peu près ça :
"-Salut, j'ai retrouvé ton adresse mail mais je ne me souviens pas qui tu es. Peux-tu me rafraichir la mémoire stp ?"

J'ai répondu très brièvement que je ne me souvenais plus non plus, sur le ton du mec qui n'a pas de temps à perdre. Il n'a pas insisté, et c'est mieux pour tout le monde.

J'ai quand même eu des nouvelles une fois par son meilleur ami, qui m'a appris que Laurent avait complètement changé de vie, n'était plus projectionniste, avait revendu son entreprise et s'était acheté un voilier avec lequel il vivait sur les mers.

Se méfier des préjugés sur les garçons qu'on trouve dans les sex-clubs. La sensibilité de certains de ceux qui les fréquentent est sans commune mesure avec ce qu'on pourrait attendre du lieu.

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