samedi 21 janvier 2012

Cette après-midi dans le RER

lors d'un improbable trajet banlieue-banlieue, mon regard tombe sur ce mec assis dans l'abri de la gare de Savigny-sur-Orge. 15h04. Un grand noir (très noir), lipu d'un bon mètre quatre vingt sept, la bonne trentaine, le crane rasé, les cils très longs et des jambes interminables. Il note que je suis en train de le regarder et me fixe à son tour. J'ai décollé le regard, dans ces endroits là on doit très rarement draguer entre mecs, d'autant que celui ci ne peut pas paraître plus hétérosexuel.


Par acquis de conscience je prends soin de monter avant lui dans la rame qui nous emmène à Massy-Palaiseau, où je devrai prendre ma prochaine correspondance pour la ligne B. Je me place à l'étage bas de la rame et il vient s’asseoir dos à moi, une rangée devant moi. Pendant le trajet qui devait faire une demi-douzaine de stations, il a du se retourner cinq fois -sans aucune raison car il n'y a rien à voir- peut-être pour vérifier si je le regardais encore. J'ai tout fait pour lui montrer que je le regardais de temps en temps, sans le fixer.


Ces mecs là, s'ils en sont, tiennent à la discrétion.


La gare de Massy-Palaiseau approche. Ce n'est pas tant la situation qui m'excitait terriblement que l'incertitude de savoir si je me trompais ou pas sur son compte. Quand bien même j'estimais mal l'attirance de cet homme pour moi, ça ne rendait pas moins la situation puissamment bandante. Il prépare ses affaires : nous sortons à la même station, et l'histoire ne s'arrête donc pas là. Ainsi, je me suis levé en l'état, me disant qu'au moins de mon côté, la situation serait claire.
Je ne me souviens plus s'il est sorti du wagon avant moi au l'inverse, toujours est-il que nous nous sommes dépassés plusieurs fois le temps d'arriver dans la salle d'échange. Là ce fut plutôt comique, nous feignons chacun d'hésiter sur notre itinéraire et stationnons le nez en l'air à lire les panneaux, à trois mètres l'un de l'autre. Coup de chance il tourne les talons pour descendre l'escalier -non sans s'être retourné- qui mène au quai du RER B en direction de Saint-Rémy-lès-Chevreuses, c'est à dire mon quai. Je le rattrape sans mal en haut de l'escalier, sens une giclée d'adrénaline dans mes veines, et lui lance :
"- Tu vas où ?"
Là il y a 2 solutions. Première alternative : il m'envoie bouler en me traitant de sale pédé, ce à quoi je répondrais que je suis perdu et que j'ai remarqué qu'il l'était aussi, et que j'eusse espéré que l'on s'aide l'un l'autre pour retrouver notre route, mais que c'est-pas-grave-je-me-débrouillerai-sans-vous-merci-beaucoup-et-bonne-journée.
C'est la deuxième solution qui naquit :
"- à Massy-Palaiseau"
Mais on est à Massy-Palaiseau banane ! Ou alors j'ai rien compris -il a un accent africain à couper au couteau-
"- Tu habites ici ?
 - Oui, et toi tu vas où ?
 - ..."
Donc c'est bien ça, il a fait semblant de chercher sa correspondance sur les affichages alors qu'il est bien arrivé chez lui. il attendait juste que je lui adresse la parole. Du coup, moi, directement :
"- Tu as un numéro de téléphone ? Tu me le donnes ?"
J'ai sorti un stylo, et n'ayant pas de papier je me suis mis à marquer dans ma paume gauche le numéro en 06 qu'il me dictait. Avec l'accent j'ai écrit 91 au lieu de 81, il m'a pris la main et s'est saisi de mon stylo pour corriger l'erreur lui même. C'est peut-être le moment le plus sexuel de notre rencontre. Le contact, probablement.
J'ai sauté immédiatement dans mon train et heureusement j'ai pris soin de recopier le numéro sur un magazine qui traînait dans mon sac. Il pleuvait et une heure après le numéro inscrit sur ma main était devenu illisible.


Ce qu'il reste du numéro à 0h41
Mon mobile était en panne de batterie, je n'avais pas mon chargeur et j'ai dû attendre 19h00 pour lui envoyer un sms simplissime et explicite. Il est minuit et demi et je n'ai aucune réponse. Peut-être que c'est un faux numéro (pourquoi l'aurait-il corrigé alors?), peut-être qu'il a peur, qu'il n'est plus intéressé, peut-être qu'il est en famille, peut-être qu'il ne lit pas le français, peut-être que j'ai mal recopié le numéro...


à suivre ?
Peu importe, j'essaierai d'appeler demain, au pire, mais ce n'est pas l'essentiel.
Même si l'histoire devait s'arrêter là, je ne vis que pour ces moments, où j'ose et me dépasse. Avec mon capital timidité de naissance c'était pourtant pas gagné. Je vois quotidiennement des dizaines de mecs qui me plaisent dans la rue et dans le métro, et je sais à présent que je suis capable d'adresser la parole à l'un d'entre eux en ne partant de rien. 
Pour être honnête je dois reconnaître que je l'ai fait en banlieue mais que j'en aurais été plus incapable dans Paris intra-muros.


Que voulez-vous, je me traîne, malgré tout, un complexe d'infériorité tout provincial. 
Mais je me soigne.
Lentement.
Mais je me soigne.





2 commentaires:

  1. Bon je viens de l'appeler. Il habite Longjumeau (une autre ville improbable de banlieue), il va au cinéma et ne vient jamais sur Paris.

    Je lui ai demandé si on pouvait se voir après son cinéma, il m'a répondu non, j'ai demandé pourquoi, il y a eu 5 secondes de silence, et il a raccroché.

    Je le rappelle et je vous tiens au courant.
    (Ouais je suis je suis lourd mais il a qu'à être clair)

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  2. Au bout de 2 sonneries j'ai été basculé sur le répondeur.

    J'ai laissé un message très simple du genre :

    "Bon je vais pas insister, j'aimerais juste te revoir. Donc si un jour ça te dis il n'y a aucun problème, c'est où tu veux, à plus bon week end" et j'ai laissé mon numéro.

    Comme j'aime bien les pourcentages, je dirais qu'il y a 99% de chances que je n'en entende plus jamais parler.

    C'est dommage car il était vraiment sex, mais en même temps ça ne change rien à l'avant-dernier paragraphe de mon post.

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