mercredi 20 juin 2018

Edmund White vous connaissez ?

C'est un écrivain gay des années 70, que m'a fait découvrir Madan il n'y a pas longtemps. Même s'il n'est pas économe dans l’emphase, j'ai pu reconnaître dans ses descriptions de lieux de drague la même transcendance que je ressens parfois :

"Combien de conversations intimes comme celle-ci ai-je eues dans des saunas au cours des années ? Les hétéros - et même les gays qui devraient en savoir plus - hochent la tête et portent des jugements à propos du "sexe anonyme", comme si connaître un nom favorisait l'intimité. Comme le sait le confesseur catholique, l’anonymat est essentiel pour dire la vérité. Être dépouillé de ses vêtements (et pire, à L.A. de sa voiture) et être envoyé dans une pièce chaude remplie de vapeur où aucune lumière naturelle n’entre jamais, rien que la pulsation régulière de la disco, c’est retourner à une enfance éternelle, neutre et réconfortante. Là, tu t’évades de tes obligations envers les autres et de la fidélité contraignante envers la personne que tu as décidé d'être. Là, tu peux parler de façon irresponsable - c’est-à-dire honnêtement - à propos de choses comme Dieu."

On peut certes trouver ça naïf, mais comme il le dit lui même, ce récit émerveillé et introspectif, comme une philosophie de la dépravation, a été écrit dans une époque naïve. Celle de la libération sexuelle :

"J'ai écrit ce livre en 1979 et il a été publié en 1980, juste un an avant que les premières rumeurs sur le sida ne changent la communauté gay pour toujours. C'est donc un portrait de la vie gay dans les grandes villes des États-Unis juste avant le déluge. J'imagine qu'il indique la direction que prenait alors la communauté gay; une direction violemment modifiée par l'arrivée d'un virus sournois. Tant de choses ont changé au cours des vingt dernières années. Autrefois j'ai écrit qu'aucune autre culture n'avait connu un cycle aussi rapide que la culture gay, opprimée dans les années 50, libérée dans les 60, exaltée dans les 70 et en partie éliminée dans les années 80. Ce livre témoigne de l'exaltation avec cette particularité qu’il montre combien une vie consacrée au plaisir est une entreprise mélancolique."
Edmund White, New York City. été 2002








vendredi 8 juin 2018

Je n'ai pas pensé à ça

lorsque j'étais au barbecue de mon pote John à Saint Gratien, dans le nord de Paris, le week-end dernier. Normal, je retrouvais ma troupe de minets avec qui je festoyais régulièrement à Londres ou à l'Aquaboulevard. Ils étaient pas tous là, mais y'avait des nouvelles têtes. 

Je n'ai pas pensé à ça, mais pourtant ça restait dans ma tête. La manière dont ma grand-mère a dit au revoir à sa belle-sœur lorsqu'on a quitté sa maison de retraite dans la Loire. Vingt ans qu'elles ne s'étaient pas vues. On est resté deux heures, et puis on est repartis. 
Deux heures au milieu de la mort, je ne vois pas comment le décrire autrement. Les vieux hagards devant les écrans de télé diffusant un Jean-Luc Reichmann abrutissant, les bouches ouvertes, les fauteuils roulants qui encombrent les couloirs, les chambres minuscules et surencombrées, les solitudes individuelles et collectives, l'attente de la mort imminente, l'abandon des proches.
 
La déchéance physique, et pas que.

C'est surtout à leurs sanglots que je n'ai pas repensé, au moment des "au revoir" . On s'est bien embrassés mais ma grand-mère et sa belle sœur, vu leur âge et leur état de santé, savaient très bien qu'il s'agissait d'un adieu.
Ma grand-mère est valide et vit encore chez elle, mais elle veut mourir. Elle nous l'a dit. 

Simplement parce que de la vie qu'elle a vécu, il ne reste plus rien.

À l'anniversaire de mon pote John, à Saint Gratien, je n'ai pas pensé à tout ça. 
Même lorsque vers 4h00 du matin on est tous allés se coucher là où on pouvait, et que je me suis retrouvé coincé sur un matelas entre Benjamin et un certain J.

Je n'ai pas pensé à la perte de tout, à l'éloignement du goût de la vie, au désenchantement, lorsque j'ai baisé l'un, puis l'autre. Mais cette idée planait là, quelque part au dessus du quartier. Le fait que l'un fasse semblant de dormir pendant que je baisais l'autre, et inversement, accentuait cette impression de respect du temps volé, ce sentiment de gagner un peu plus de temps que prévu sur la chute qui me guette.

C'est un moment bref, d'une période provisoire, d'une vie qui elle même n'est pas très longue.

À défaut de pouvoir reculer l'échéance tragique, continuer de jouir sans y penser. 




mercredi 23 mai 2018

Je deviens enfin libre,

peu à peu. Non je ne l'étais pas auparavant, trop hanté par la peur d'être éconduit, par la honte d'être délaissé pour d'autres. (d'où vient cette peur ? Je n'en sais rien. D'aucun m'enverrait et chez le psy, non merci j'ai franchement autre chose à foutre) .

Ça faisait un sacré moment que je n'avais pas remis les pieds dans un sauna, et la manière dont j'ai conduit cette soirée là au Sun à Lyon, mi-novembre, contredit tout ce que je m'étais interdit jusqu'alors. 
Je commençais à me faire chier dans les saunas, c'est pourquoi depuis plus d'un an je n'y étais pas retourné. Fais le tour du concept, pas assez d'exhib, trop de one-to-one enfermés dans une cabine. La preuve : j'écris ce texte au sauna Cargo à Marseille, où je me fais royalement chier devant 4 Phocéens un peu flasques. 

Mais là j'avais décidé de dévergonder Quentin, minet de 18 ans rencontré 3 mois auparavant à Bourgoin. Il est en stage à deux pas du sauna Sun, et j'ai peu hésité avant de lui proposer cette sortie, nouvelle pour lui. Le danger on le connaît : qu'il se sente immédiatement comme un poisson dans l'eau et qu'il me délaisse pour partir batifoler avec des bombasses bien plus hot que moi, et plus jeunes, évidemment. D'autant plus que ce mardi soir (jour de gratuité pour les moins de 26 ans), le Sun ressemblait à un CROUS. 
(Pas comme ici au sauna Cargo donc, quasiment désert à part une espèce de bombasse au muscles de rêve qui vient de me passer devant en souriant). 

Et bien ça n'a pas manqué, c'est moins d'une heure après notre arrivée qu'il cherchait à "aller faire un tour tout seul". Il y a encore peu de temps, j'en aurais été malade. Ma soirée aurait été foutue, j'aurais gaspillé toute mon énergie à masquer les effets de ce que j'aurais considéré comme un râteau, et j'aurais galèré pour chercher un autre mec que je n'aurais de toute façon jamais trouvé à cause de ma tête de perdant. 

Bon, je ne vous dis pas que j'ai pas accusé le coup, surtout quand je l'ai vu sortir d'une cabine avec un autre mec, heureusement beaucoup moins bien que moi. 

(Tiens d'ailleurs, la bombasse de tout à l'heure ici au Cargo pointe son nez dans l'embrasure des piliers pour me regarder... Auparavant j'aurais à peine osé répondre à son oeillade, aveuglé que j'étais par mon sentiment d'infériorité. Tiens il vient de partir vers les douches...)

Quentin à 18 ans, tout ça est normal. Mais lorsqu'il est revenu tout penaud vers moi, je lui ai simplement dit que j'avais besoin de prendre encore un peu de temps seul à mon tour. Le temps de me faire sucer puis de me donner corps et âme dans un 69 avec un jeune Noir, pour me sentir à égalité avec son incartade. 

La soirée a pu reprendre comme si de rien n'était, avec Quentin cette fois, que je n'ai quand même pas réussi à faire partouzer.

Ce qui a changé ? Peut-être davantage de confiance en moi, me dire plus ou moins consciemment qu'il n'y a aucune raison qu'on me délaisse pour d'autres, et que je n'ai à souffrir d'aucune comparaison. 
"Voilà, on est quit ?" lui ai-je demandé, signifiant par la même la règle qui vaudrait dans la suite de notre relation. Donnant-donnant. Au moins j'arrête d'abandonner à la première vexation, j'apprends à me battre davantage, et surtout : j'arrive finalement, et malgré tout à obtenir ce que je veux. 


Et justement, à propos d'obtenir ce que je veux, après avoir écrit ce que je viens d'écrire, je reviens d'un moment passé avec la bombasse marseillaise du Cargo. Il m'a sucé avec application, avant de se jouir dessus au bout d'une poignée de minutes.

Ne souffrir d'aucune comparaison, comme nous disions. 







jeudi 3 mai 2018

Que fait Quentin Mallet à Paris

quand il revient de dix jours en Espagne en famille, donc sans avoir baisé une seule fois ? Certes le Quentin a abondamment sextoté, a confié sa misère sexuelle à distance à ses quelques prétendants parisiens du moment, mais cela a renforcé sa frustration de ne pouvoir passer à l'acte. Lui, à certaines périodes de haute libido, une semaine ça peut être long. 

Alors que veut faire Quentin à son retour d'Espagne ? Et bien comme il est joueur, voir tous ces mecs à qui il a dit qu'il étaient en chien qu'il n'avait pas baisé depuis huit jours, en leur faisant croire à chacun qu'il est le premier à le vider.

Mais bon, il pense faire ça car c'est un petit pervers peu scrupuleux, mais en fait il ne le fait pas. Il revoit simplement Madan pour passer ces premières nuits enlacé avec lui, car comme n'importe qui, c'est de tendresse que manque le plus Quentin après une semaine d'absence.




lundi 23 avril 2018

Une semaine d'abstinence en Espagne,

en Andalousie plus exactement. Voyage en famille avec enfants oblige. Devant organiser l'itinéraire, conduire la moitié de la journée, réserver les hôtels, organiser visites et activités, m'occuper de la nourriture, surveiller et occuper la marmaille, inimaginable de m'abandonner ne serait-ce qu'une seule seconde à ce qui agrémente d'ordinaire certains de mes voyages.

Nous sommes à Séville ce soir, il est bientôt 22h30. Les enfants dorment, j'allume grindr, plus par curiosité que par simple réflexe irréfléchi. Je sais qu'il ne se passera rien, ne voulant pas m'éloigner des enfants dont j'ai la garde. Et là : tentation. 
Un couple de mecs en recherchent un troisième. Particularité : ils sont dans l'hôtel, à l'étage juste en dessous !
Bon c'est pas des top models, mais ils sont tellement proches. C'est ça aussi : un mec géolocalisé à moins de 11 mètres gagne -un peu- en désirabilité. Et puis les plans à trois je me mets enfin à trouver ça drôle, aidé par Madan, après des années de terreur à l'idée que je finirai mis sur le côté, ignoré par les autres.

 Je converse avec l'un des deux, qui insiste longuement pour que je les rejoigne. Pas question, la porte de ma chambre doit rester en vue, je m'en voudrais à vie s'il arrivait quoi que ce soit pendant mon absence. Après négociation, j'accepte de venir lui dire simplement bonjour à condition qu'il vienne sur mon palier. Je ne les rejoindrai pas, donc autant jouer un peu.. Et c'est en short de foot  que je sors de ma chambre, sans sous-vêtement évidemment, histoire de donner un peu plus de piquant à la situation... Effet garanti, confirmée par son regard ahuri, fixé vers le bas.

Le dialogue repart de plus belle lorsque nous avons regagné chacun notre chambre. Je lui plais énormément. Il est prêt à tout et me le fait comprendre. Son mec semble plus chaud pour dormir que pour un plan à trois, et mon interlocuteur reste donc avec lui dans la chambre. Impossible pour lui de s'absenter seul, son copain ne serait pas d'accord.
Pour ma part, alors que les enfants dorment, je reste dans les escaliers qui montent à l'étage supérieur. Il est tard et le troisième étage ne mène qu'à une porte fermée par un cadenas, probablement un accès à la la terrasse ou au grenier. 
On sextote, il essaie de me faire patienter pour que son mec s'endorme et qu'il puisse s’échapper de sa chambre pour me rejoindre dans les escaliers et obéir à mes demandes.
On sent tout de suite le potentiel de soumis d'un mec, sans même qu'il ait à décliner ses "trips".

Là je suis tombé juste. Et un peu excité, je décide de jouer un peu avec sa frustration de soumis en chien...




Bon ça ne vaut pas un plan à trois, mais après tout, j'ai toujours été davantage excité par les situations que par l'action elle-même. En gros je lui dit que je vais me branler, ou que je suis sur le point de le faire, et lui me supplie de patienter. Il me dit que dans vingt minutes son mec sera endormi et qu'il pourra s'agenouiller sur les marches inférieures pour me sucer "comme je le mérite". Je n'aurais qu'à me laisser faire...
A défaut de concret, ces histoires amusantes, ça passe bien la soirée mine de rien... Mais il est tard, les enfants ça se lève tôt, et je n'ai ni l'envie ni l'endurance d'attendre vingt minutes supplémentaires.




Mais à force de jouer, la situation commence sérieusement à m'exciter et je tombe le short de foot, photos à l'appui. Il ne peut pas venir maintenant et je le sais. Et je lui dis en gros que je vais m'astiquer jusqu'à jouir sur les marches d'escaliers. Le but étant bien évidemment de le rendre dingue, et parallèlement de repousser la limite de sa volonté non dite de soumission.




Lui dire de venir après mon passage, quand il sera libéré de son mec endormi, lécher mon sperme qui a giclé sur le sol, ça va assez loin. Mais l'abstinence et la durée pendant laquelle j'ai discuté avec lui m'ont poussé à porter sa frustration jusqu'à une conclusion toute aussi frustrante.

J'ai bien éjaculé sur le sol, lui ai envoyé la photo, ai éteint mon téléphone et suis allé me coucher. On se lève tôt demain avec les enfants.

Le lendemain avant de partir de l'hôtel, j'ai rallumé l'appli : au creux de la nuit, huit minutes après son dernier message "Wait", il m'annonçait qu'il était enfin libéré et que son mec s'était endormi. Alors je suis allé faire un tour dans les marches qui mènent au troisième étage. Sur le sol : plus rien.
Le sperme s'évapore t-il en huit heures de temps ? Le ménage est-il fait si tôt le matin ?...

Et c'est à la réception quelques minutes plus tard, le croisant au check-out, moi avec les enfants, lui avec son copain que j'essayais sans aucun mot échangé de discerner en vain dans son regard le désir frustré de ne pas avoir pu m'avoir, de la satisfaction d'avoir obtenu le peu de ce qu'il voulait depuis le début.