mercredi 26 décembre 2018

Je n'écris plus,

c'est vrai.
Trop occupé à profiter des dernières années, des derniers mois, des dernières semaines
Trop occupé à sentir le torse lisse d'un homme qui me désire
À garder à dormir contre moi des garçons pour qui l'âge, c'est important
À passer de corps en corps dans un même lieu, ici où là, dans n'importe quel pays
Profiter des possibilités quasi infinies qui s'offrent encore à moi
À me faire regarder dans le blanc des yeux, que pour mon physique et rien d'autre
Trop occupé à ne pas avoir honte de me mettre nu
À montrer ma peau, son élasticité
À exposer les traits de mon visage, qui comme par miracle, tiennent encore en un ovale, mais pour combien de temps
Trop occupé à être regardé et désiré comme je suis encore
Avant de basculer de l'autre côté
Avant d'être exilé de là où j'avais toujours vécu :

Ma propre jeunesse.




jeudi 22 novembre 2018

Tiens ils ont construit une maison

dans le sous-bois où je me suis fait violer quand j'avais 11 ans.


Enfin pas violer mais bien attouché. Pantalon baissé et sexe tendu, le mec simulait une sodomie contre mes fesses en me disant de mettre un survêtement la prochaine fois pour que ça glisse mieux. Ce mec là, autour de la trentaine, traînait toujours en mobylette dans le quartier et se faisait appelé Péjot. C'était sûrement son nom de famille. C'est un voisin de mon âge, Arnaud D., qui le faisait venir. J'avais du le voir deux ou trois fois auparavant, et il avait du parler à Arnaud, qui était une sorte de mauvais garçon du quartier, pour mener à bien son traquenard.

On s'est retrouvé une fin de mercredi après-midi sous je-ne-sais quel prétexte. On monte tous les trois au dernier étage d'un immeuble, soit disant pour se cacher afin de fumer tranquillement. C'est un immeuble des années soixante, avec sa cage d'escalier en béton, et sa porte unique au dernier étage, où on devine qu'on ne sera pas dérangés. Le temps est passé, je ne me souviens plus comment on en arrive à cette phrase de Péjot :
"- Je bande toute le temps en ce moment" avant de sortir une bite que je considérais -forcément- énorme à l'époque. Bien évidemment Quentin Mallet n'existait pas, j'étais alors complètement asexué, découvrais ce qu'était un sexe d'homme en érection, je n'ai pas été excité, mais plutôt terrorisé. Et je me souviens assez bien d'avoir détourné une tête ahurie pour faire comme si je n'avais pas remarqué cette exhibition.

Seulement il insistait pour que je la regarde, alors qu'Arnaud, pas choqué du tout, riait aux éclats. J'étais un enfant totalement innocent de ces choses là, lui plus vraiment on dirait.

Cigarette terminée, c'est là où on a rejoint ce sous-bois. Je me souviens que Péjot a dit quelquechose à l'oreille d'Arnaud, qui s'est éloigné en faisant semblant de chercher par terre un truc imaginaire.
Et là, donc, les frottements, le premier contact avec un sexe dur à travers les vêtements, les commentaires bien bruts à propos de mes fesses, et moi qui dis non, redis non, encore non.

Heureusement pour moi, ce Péjot n'était pas excité par les enfants qui disent non. Donc il me laissa tranquille, et Arnaud revint. 
Pourtant il continuait d'être très excité par ce qui venait de se passer, et j'ai encore en tête cette image de lui penché en arrière et sexe tendu qui éjacule sur le sol, tout à sa joie, en nous disant de regarder, fier de sa jaillissante conclusion.

Je suis rentré chez mes parents complètement choqué, mais étant déjà un enfant qui se remettait facilement des situations les plus rocambolesques, je suis vite passé à autre chose. Ça m'a trotté dans la tête quelques jours et puis en effet, plus rien. C'est un traumatisme pour certains enfants, mais pour ma part j'avais mis ça de côté. Mais jusqu'à quel point ?

J'y ai repensé trois ou quatre ans plus tard, lorsqu'homosexualité révélée, ma frustration d'adolescent essayait de se rappeler ces événements et d'imaginer le plaisir que j'aurais pu y prendre. En vain évidemment.

Mais je dois reconnaître que c'est à cette époque que cette expérience a cessé d'être un mauvais souvenir. A quel point m'a t-il choqué ? a t-il guidé mes fantasmes ultérieurs ? Jusqu'où a t-il influencé mon orientation sexuelle ?
Je ne le saurai jamais, et peu importe.


Ce qu'il reste, c'est l’inacceptable. C'est de se foutre complètement d'infliger des visions et des contacts à un enfant de 11 ans qui n'est -par définition- pas prêt à ça. Même -par miracle- bien supporté, cet événement reste fondateur dans une vie. Le premier rapport avec le sexe est bien souvent loin d'être paradisiaque, mais cette espèce de premier contact, on en peut que vivre avec jusqu'à la mort.

Curieux de retrouver les auteurs de ce forfait, plus par simple curiosité que pour assouvir quelconque vengeance, j'ai un peu fouillé. 

Péjot ? Impossible de le retrouver avec le peu que je me souvienne de lui. Aucn souvenir physique, juste une mobylette et un rire sonore. Arnaud mon ami d'enfance ? Une rapide recherche sur le web que je recoupe avec la ville et les prénoms de sa famille, m'apprend qu'il est mort voilà un an et demi.




Vivre avec une amertume, et un souvenir qu'on ne pourra plus jamais toucher expluser.





jeudi 8 novembre 2018

Enfin la beauté de la sodomie,

la sodomie passive, la coît avec l'être aimé, tout entier offert.
Ce point du vue poétique je l'attendais depuis un moment, et c'est le chanteur Troye Sivan qui me l'offre, avec sa chanson Bloom (qu'on peut traduire par éclore, épanouir, s'ouvrir).

La métaphore florale est toute trouvée, et est à la fois filée dans les paroles de la chanson et dans le clip, très réussis.



Take a trip into my gardenViens faire un tour dans mon jardinI've got so much to show yaJ'ai tellement à te montrerThe fountains and the watersLes fontaines et les eauxAre begging just to know yaNe demandent qu'à te connaitre
And it's true, babyEt c'est vrai, chériI've been saving this for you, babyJ'ai préservé tout ça pour toi, chéri
I guess it's something like a fun fairJe suppose que c'est quelque chose tel qu'une fête foraine
And boy I'll meet you right thereEt mec, je te retrouverai là-basWe'll ride the rollercoasterNous monterons dans les montagnes russes
'Cause it's true, babyParce que c'est vrai, chériI've been saving this for you, babyJ'ai préservé tout ça pour toi, chéri
I need toJ'ai besoin queTell me right before it goes downTu me dises avant que ça ne descendePromise me you'llPromets-moi que tuHold my hand if I get scared nowTiendras ma main si j'ai peur maintenantMight tell you toJe pourrais te dire deTake a second, baby, slow it downPrendre une seconde, chéri, ralentisYou should know I, you should know ITu devrais savoir que, tu devrais savoir que

(Yeah I bloom) I bloom just for you(Ouais je m'épanouis) je m'épanouis juste pour toi(I bloom) just for you(J'éclos) juste pour toi(Yeah I bloom) I bloom just for you(Ouais je m'épanouis) j'éclos juste pour toi(I bloom) just for you(J'éclos) juste pour toi
Now it's the perfect seasonMaintenant c'est la saison parfaiteYeah, let's go for it this timeOuais, allons-y cette foisWe're dancing with the trees andNous dansons avec les arbres et I've waited my whole lifeJ'ai attendu toute ma vie


C'est pas beau ? Moi ça me bouleverserait presque.
Il y a des musiques comme ça qui vous donnent envie de faire l'amour différemment. 

Ça avait été le cas du clip All the Lovers pour Kylie Minogue, et cette espèce d'orgie pure et charnelle où on respire les torses et s’enivre de la pureté de la peau de l'autre, c'est le cas aujourd'hui avec cette pépite, qui fait de la sodomie un don simple, enfin débarrassé de toute une imagerie para-pornographique qui nous encombre décidément trop.

Au passage, Troye Sivan s'était déjà illustré il y a quelques mois avec le clip de My My My! qui reproduisait brillamment l'atmosphère du Berghain (boîte-sex club berlinois mythique, ancienne centrale électrique Est-allemande dont il n'existe pratiquement aucune image) sans pourtant y avoir tourné.
On retrouve même les longs couloirs étroits de la partie Lab.Oratory, pour les habitués.

Autant le dire tout de suite, ce Troye Sivan, avec sa pop catchy et ses références du sexe gay, devient la nouvelle bande originale à suivre de ce blog.





jeudi 25 octobre 2018

Ce n'est pas une lassitude

c'est une manière de vivre le truc sans trop se poser de question.

Sans se poser de question.
...Qui l'eût cru ?

Il m'est beaucoup arrivé d'écrire sur des séquences sexuelles desquelles, franchement, il n'y avait pas grand chose à dire. Ma consommation sexuelle n'a pas faibli, mes nuits dans les soirées de minets, mes alpaguages de bombasses en terre de chasse, mes rencontres borderline, pour moi c'est encore et toujours, et même plus aujourd'hui encore, une course contre la montre, un sprint avant l'échéance. C'est triste ou pas, mais c'est comme ça.
Mais pour autant je ressens moins le besoin de cérébraliser, d'analyser, de corriger. -A mon âge, il était temps-
Et donc d'écrire.

C'est pourquoi les articles ici se font plus rares. On oublie tout très vite, toujours. J'écris à présent essentiellement pour me souvenir des moments exceptionnels, hors du commun, mais pas forcément importants. Et s'il n'y en a qu'un par mois, par semestre, et bien tant pis.

Il se trouve que je rentre de Venise. Et je me disais au retour qu'il y a quelques temps, j'aurais immédiatement décrit par le menu sur ce que j'y ai fait la nuit tombée. Ce jeune nerd à lunettes avec les sempiternelles "cherche amitié, relation, -pas de plan-" etc...
Que je rencontre dans un jazz club. On trinque au Spritz, évidemment. Lorenzo Ludovico, rien que le nom ça chante à la mandoline. Je le suis sur la place Saint-Marc, on s’assoit face à l'obscurité de la mer au pied du palais des doges, la totale rencontre romantique quoi. Moi qui avait décidé de ne pas acheter de carte postale, on m'en offrait une gratos. 
Manque de bol je suis totalement insensible à ce genre de romantisme au kilomètre, fut-il vénitien. En tout cas avec un inconnu.

C'est sur le trajet pour me raccompagner à l'hôtel que je ne peux m'empêcher de coincer ce mec à lunettes avec son petit chino un peu slim sous une porte dans une ruelle, incessamment perturbé par le passage de promeneurs. Moi, le labyrinthe inextricable qu'est Venise la nuit, ça m'excite.

Ici commence le mystère


Et pour bien lui montrer ma conception du romantisme, je me suis fixé le seul objectif valable en pareille situation : le faire gicler dans son pantalon.

Bon j'ai pas réussi.


Dernier soir, l'autre facette de Venise. Il habite dans le tournant du grand canal, vers le pont du Rialto. Au 819 de la calle Santa Mattia. Rien que l'adresse c'est du néoréalisme italien. C'est minimaliste un appartement de Vénitien moyen. Très peu meublé. Et pour cause. Il faut tout faire venir en gondole, le moindre canapé, la plus petite gazinière, c'est tout un bordel.

Bandeau bien serré dans la bouche. Un masque sur le visage. Je suis entravé sur son canapé, et en même temps en plein carnaval de Venise. Ses deux mains sur ma bite. Pinces à seins. Mon Dieu que ça fait mal ! Aucun plaisir. Mais mon Dieu ! Deux jours après je ressentais encore la douleur. Il était passif mais je me demandais à chaque fois s'il allait entreprendre de renverser la situation. Le rapport ne s'est pas éternisé, peut-être à cause des pinces à seins, peut-être aussi à cause de moi. Trop de fatigue, trop longues journées de visites qui ont précédé. 14 km par jour ça pèse.

Original ceci dit. Un passif dominateur. Il n'y en a pas assez. L'inconnu à qui tu dois t'abandonner sans rien savoir de ses intentions. Lui qui veut t'empêcher d'attenter quoi que ce soit, pour qu'il jouisse de ton sexe à sa guise.
A creuser.

Et bien pourtant, tout ceci je ne le raconte plus.

Ou bien aujourd'hui, mais seulement parce qu'il y a Venise autour.Et que c'est Venise elle-même qui est contenue dans ces maigres séquences de sexe.

Alors là oui, on a finalement envie de s'en souvenir.





dimanche 14 octobre 2018

​Un garçon à part

il y a longtemps que je voulais en rencontrer un à nouveau. Il y a bien eu Salvadore (2010), son physique de bombasse et ses 12 enfants (que j'ai revu la semaine dernière), ce gros jeune homme qui m'avait attiré follement (2012), cette personne de petite taille dans cette soirée à San Francisco (2017), et d'autres en légère marge des cibles habituellement convoitées.

Il faut dire qu'habituellement, les prises de contacts avec les mecs sont assez désespérantes, et se résument, il faut bien l'avouer, le plus souvent à ça :



Ouais il y a de quoi se flinguer, et je sens que vous me comprenez. 

Mais c'est en passant je ne sais où en France au printemps que je tombe sur son profil. Je remarque tout de suite qu'il est à part. La morphologie de son visage, ses lunettes triple foyer, et dès les premiers échanges, un champ très restreint de vocabulaire. Il a 23 ans, et je ne comprendrai que via un post sur sa story Instagram qu'il est sourd.






On me dit qu'il est moche, mais non, je ne comprends toujours pas. Esthétiquement, en vérité j'ai rarement vu quelquechose d'aussi beau de ma vie. C'est comme si en 4 coups de crayon, un styliste avait dessiné les contours du visage idéal (vous le connaissez, mais pour mémoire : visage long, joues creuses, mâchoire saillante en triangle, lèvres roses). La pureté de sa peau. Que je sois le seul à le trouver beau me rassurerait presque. C'est en grande partie pour réel ce choc esthétique que je me suis enfilé ces 6 heures de train aller/retour rien que pour le voir, et passer une bonne douzaine d'heures avec lui ; mais aussi pour cette espèce de magie que lui seul peut offrir : le silence.

Je ne sais pas si son léger autisme est du à sa surdité mais peu importe. L'économie de dialogue avec lui (je ne parle pas la langue des signes et il nous faut tout nous écrire par portables interposés) ne me fait me poser aucune question. Tout est simple.
Pourtant, simple, sa vie ne l'est pas. Sans emploi, habitant chez ses parents, ayant une peur panique de la moindre violence urbaine que son absence d’audition empêche d'anticiper. Traverser la rue à côté de lui fait prendre conscience des risques qu'on encourt quand on n'entend rien. Récemment traumatisé par une intrusion chez lui qu'il n'a pas sentie, il ne vit qu'à moitié.

Ses expériences passées avec les garçons ? Dur de savoir, d'avoir une info. Si j'ai bien compris il n'a connu qu'un seul garçon, qu'il a vu plusieurs fois. Ça se serait mal passé, et il sentirait peut-être pour moi une confiance qu'il n'a jamais eu loisir de connaître auparavant.



C'était ce vendredi soir, là. Il me rejoint vers 18h00 à mon hôtel, sitôt la porte fermée il m'embrasse en me serrant et respirant rapidement, comme si des années de frustrations se libéraient furieusement.

La suite ne sera qu'un marathon de sexe jusqu'au lendemain matin, brièvement entrecoupé de grignotage sur une terrasse, d'un peu de sommeil. Il jouira 5 fois. Mois qui pensais qu'on attendrait tard dans la nuit pour éventuellement s'y mettre, je regrette d'avoir déjà rencontré un garçon en arrivant dans l'après-midi... (J'ai pas changé en fait)


Il est inexpérimenté, c'est une évidence, ne sait pas du tout embrasser, a peine à parvenir à une érection correcte. Mais son ardeur et la conviction dans chacun de ses gestes font oublier ses maladresses et les dysfonctionnements de son corps. Non, il est à des années-lumières de ce qu'on appelle communément un "bon baiseur", mais il possède une intelligence sensorielle hors du commun. Hyper attentif sans en avoir conscience, il ressent le moment, pose sa main là où il a senti qu'il était le plus efficace de la poser, vibre à l'unisson, entre en connexion, ose.

Pour autant, on sent qu'il tend vers un peu de domination soft. Malgré toute sa tendresse, il n'hésite pas à pointer d'un coup de menton son envie de se faire sucer, à pousser sa main sur une tête pour qu'on insiste davantage. Étonnant, mais pas tant que ça. Assez vite on devine ce genre de puceau qui a passé les 6 dernières années à se masturber devant du porno, et reproduit presque malgré lui ce qu'il a vu et l'a excité.

Et dans cette immensité de silence, d'incommunicabilité verbale, de soupirs échappés, ces rares sons faibles et longs qui s'échappent de sa bouche aux moments les plus intenses. En est-il conscient ? Les sent-il résonner en lui ? Et à un moment, à quelques centimètres de son visage, les yeux fermés, son seul mot prononcé : mon prénom. Toutes les lettres n'y étaient pas, c'était un semblant de mon prénom, mais je l'ai bien reconnu. Ce prénom qu'il n'a jamais entendu, a seulement lu, et qu'il parvient tant bien que mal à articuler, sans jamais qu'il ne puisse l'entendre.

Plusieurs minutes avant l'arrivée du train qui me ramènera à Paris, il me prévient de son arrivée.
- Comment le sais-tu ? 
- Vibrer.
Pourtant j'ai beau me concentrer, non, je ne ressens rien. Aucune vibration sur les semelles, dans mes jambes, avant l'arrivée sur le quai. Dans son univers de silence, l'importance de tout ce qui m'échappe.

Et c'est sur le chemin de retour, alors que je regardais la photo que j'avais prise de lui sur le quai quelques minutes auparavant, que j'ai réalisé que cette hyper sensibilité aux vibrations expliquait parfaitement sa maîtrise des instants partagés depuis la veille au soir.